Quand l’information traverse l’espace (entre deux cellules de notre corps ou entre deux étoiles à chaque bout de l’Univers), elle se déplace d’un point A vers un point B. Après un délai plus ou moins long (de la milliseconde jusqu’au milliards d’années) elle aboutit avec plus ou moins de distorsions. L’information voyage de différentes façons afin que l’ensemble d’un système complexe se trouve en harmonie, en cohérence. Elle circule au sein de notre corps, au sein d’une société, ou d’une galaxie… et s’ajuste après diverses rétroactions. L’information quantique constitue un cas particulier qui semble s’affranchir de ce « voyage spatiotemporel » : elle contribue aussi à ce système, mais donnée à un endroit, elle peut apparaître simultanément ailleurs, y compris à l’autre bout de notre Galaxie, sans temps de translation spatiale, comme si elle avait pris un autre chemin, dont nous ne connaissons pas la nature.
Ce qui qui va occuper notre attention ici, c’est de quelle façon cette information circule entre deux consciences. Nous trouverons des échanges de différents types d’informations : des pensées, des ressentis, de la créativité, des états d’humeur… L’humanité échange ainsi des informations depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours : depuis les peintures rupestres laissées par nos lointains ancêtres jusqu’à ce que nous disent nos interlocuteurs contemporains. Qu’en est-il de la qualité de cette transmission ?
Aujourd’hui l’intelligence artificielle peut feindre d’être un interlocuteur. Mais l’intelligence naturelle aussi ! Nos échanges se font souventplus « d’intellect à intellect » que de« conscience à conscience » ! Ainsi, les distorsions sont nombreuses. Quand l’intellect feint d’être une conscience, les échanges indispensables à notre équilibre souffrent de confusions. Si c’est le cas en thérapie ces échanges rendent plus logiques des informations antérieures, alors qu’il serait plus avantageux d’y insuffler de la conscience. Pareillement en pédagogie.
Le propre d’une information est de se trouver en un point, puis de se déplacer vers un autre point. Pour se déplacer, souvent elle se duplique sans disparaître du point initial. Grace à cette duplication, elle est transcrite en gestes, en mots, en écrits ou en d’autres choses (objets divers). C’est cette duplication, ou cette transcription, qui lui permet d’atteindre sa destination.
Nous avons alors deux points délicats :
Au départ, la transcription est-elle fidèle à l’information initiale ?
A l’arrivée, le décodage de cette transcription est-il fidèle à ce que celle-ci est censée signifier ?
En cas de simple duplication, quelle est la qualité de cette duplication ? Par exemple même pour une simple photocopie, une « duplication de duplication » perd beaucoup en qualité. Ce ne sont là que des difficultés techniques… Nous verrons que la conscience devra prendre aussi en compte de multiples phénomènes psychologiques influençant la qualité de cette information.
Par exemple, au simple niveau de la transcription, une personne qui aime manger une pomme le soir souhaite partager cette information. Elle dit à son interlocuteur : « J’aime bien manger un fruit le soir ». L’interlocuteur sait que c’est le soir et qu’il s’agit d’un fruit, mais il y a peu de chance pour que celui-ci devine qu’il s’agit d’une pomme. La transcription manque de précision.
Une autre personne adore les chiens, mais aussi les loups et les renards. Elle souhaite le faire savoir et dit à son interlocuteur « J’adore les canidés ». Ici la transcription est correcte et précise (sans doute un peu trop vaste car il n’est pas amateur de coyotes), mais elle ne sera pas forcément décodée par tous à l’arrivée. Certains n’auront pas accès à ce vocabulaire et, une fois éclairés, se rebifferont en maugréant : « Il ne peut pas dire ˝des chiens˝ comme tout le monde ! »… tout en faisant l’impasse sur le fait qu’il aimait aussi les loups et les renards. Aimer les chiens est assez courant, aimer les loups l’est beaucoup moins. De ce fait le décodage se fait mal hors de sentiers habituels. Le décodage est souvent assujetti à nos habitudes.
S’il y a déjà pas mal de choses à gérer au départ et à l’arrivée, nous verrons qu’il y a aussi bien d’autres obstacles au cours du cheminement d’une information.
D’un moment à un autre
L’information se déplace dans l’espace, mais aussi dans le temps. C’est le cas de tout ce qui est enregistré, écrit, photographié, peint, sculpté, numérisé, etc. L’information qui se trouvait à un moment est ensuite disponible dans un futur plus ou moins proche. Ainsi, elle peut rester au même endroit dans notre société, destinée à des interlocuteurs futurs (signalétiques, bibliothèques, musées). Où même rester disponible à travers de nombreux millénaires, comme c’est le cas des graphismes et peintures que nous ont laissés nos lointains ancêtres de la préhistoire il y a plus de 10 000 ans. Mais, de façon très ordinaire, c’est aussi le cas d’un mot laissé sur le frigo pour penser à la liste des courses.
Souvent l’information voyage en même temps dans l’espace et dans le temps, car pour aller d’un point à un autre, il y a toujours une durée. Même s’il ne s’agit que de fractions de secondes (par exemple par les ondes radios) ce n’est jamais instantané. Une durée infime, même de l’ordre de quelques millisecondes peut entraîner des conséquences. On voit souvent cela dans les informations télévisées quand le journaliste interroge un confrère en duplex (il ne répond jamais instantanément). Si deux musiciens connectés par internet souhaitent jouer ensemble, cet infime décalage rend le duo dissonant. Sans une aide informatique pour le gérer, ce délai rend le duo quasiment impossible.
A l’inverse, quand la durée s’allonge démesurément, il n’est pas facile d’anticiper la qualité du décodage à l’arrivée. Par exemple, comment signaler nos déchets nucléaires (dangereux et enfouis) aux humains qui dans plus de 100 000 ans tomberont dessus (car ils seront toujours radioactifs) ? Quel codage actuel sera clairement décodable dans plus de 100 000 ans par des humains si loin de notre civilisation et de notre culture (alors que nous peinons déjà avec ceux d’il y a 10 000 ans) ? Des chercheurs se penchent sur cette problématique très délicate.
Le moyen d’échange d’information entre des individus se fait essentiellement par les mots. Nos civilisations ont évolué en produisant un langage parlé* comportant de plus en plus en plus de finesses.
Cela représente une extraordinaire inventivité où chaque langue permet l’expression de nuances que ne permettent pas forcément les autres. Chacune d’entre elle reflétant une culture, une pensée, une façon de percevoir le monde et sa propre humanité.
Les mots ne sont pas seulement des conventions. Ils témoignent de l’évolution de la pensée de tout un peuple. Parler une langue, c’est rendre hommage à tous ces créatifs locuteurs qui nous ont précédés et évoquer le monde depuis un point de vue spécifique.
Par exemple le français dira « j’ai vingt ans » et l’anglais dira « I am twenty years old » (je suis vingt ans vieux). Le français dit qu’« il a ces vingt ans », exprimant ainsi qu’« il est possesseur de cette durée », alors que l’anglais dit qu’« il est ces années écoulées ». L’un évoque le fait d’avoir ce temps, l’autre évoque le fait d’être cette étendue temporelle. Même si les deux expressions sont traduisibles l’une par l’autre, elles ne désignent pas la même chose.
Dans un autre exemple, le français dira « il est neuf heures », évoquant ainsi l’instant temporel ; alors que l’espagnol dira « son las nueve » (elles sont neuf), évoquant plutôt la durée temporelle écoulée.
Parler plusieurs langues, c’est « voir le monde » depuis plusieurs points de vue et, si l’on en a la curiosité, gagner en relief et en acuité au niveau de la représentation et de la compréhension qu’on en a.
Parler sa propre langue permet déjà des expressions très fines de la pensée. Cela nous semble tellement naturel que nous ne mesurons pas le cheminement qu’il a fallu à l’Humain pour accomplir cette prouesse.
Bien évidemment, les mots ne sont pas tout, car ils sont accompagnés de « non verbal » (paralangage sonore et gestuel). Cette expression hors du vocabulaire les a certainement précédés puisqu’elle existe aussi chez les animaux. Loin d’être anodine cette expression non verbale module le sens de ce qui est prononcé.
Moyens non-verbaux
Le non verbal est une transcription partiellement volontaire en gestes, mimiques et intonations de la voix. L’expression verbale est souvent accompagnée de ce « para langage » qui peut modifier le sens des mots jusqu’à leur contraire. Un simple « merci » accompagné d’une intonation chaleureuse et pleine de gratitude n’aura pas le même sens qu’un « merci » énoncé ironiquement sur un ton de mécontentement et de reproche.
Une parole ne contient pas que des mots, mais aussi une dimension implicite qui en ajuste le sens*.
*Nous devons au professeur américain Albert Merhabian (né en 1939) des mesures sur la nature des informations qui circulent entre deux êtres (résultats parfois contestés). Ses études nous proposent que celles-ci sont composées de 7% de verbal (mots), de 38% de vocal (intonations de la voix), de 55% de visuel (expressions du corps, gestes mimiques, regard). Donc 7% de mots, et 93% de non-verbal.
Avec des expériences plus précises le professeur Jean Decety (professeur de psychologie et de psychiatrie à l’université de Chicago), nous propose une expérimentation où une histoire triste et une histoire gaie sont racontées chacune de façon gaie ou de façon triste. Les tests psy et imageries cérébrales y révèlent que la façon de raconter l’histoire compte plus que son contenu verbal.
C’est toute la nuance apportée par une simple reformulation. Quelqu’un nous dit « J’aime tellement la nature ! ». En retour nous lui disons « Tu aimes tellement la nature !? » (aucune difficulté sémantique). On pourrait aussi reformuler « La nature compte tellement pour toi !? » (ajustement verbal) car la reformulation n’est pas forcément une répétition stricte des mots énoncés, mais surtout « un retour en pleine reconnaissance de ce qui a été exprimé ». Ce qui est particulièrement important ici, c’est le paralangage qui l’accompagne, car ce n’est pas seulement le verbe qui fait la richesse de l’échange.
Cette reformulation témoigne-t-elle juste d’une bonne réception de l’information (simple reflet) ? Auquel cas l’interlocuteur pourrait rétorquer avec un peu d’agacement « Evidement ! Je viens de te le dire ! ».
Ou alors, avec un ton légèrement interrogatif, cette reformulation demande-t-elle confirmation de cette bonne réception ? Vérification que l’interlocuteur peut valider ou nuancer (outil purement technique).
Ou encore, bien plus chaleureuse et habitée, cette reformulation est-elle l’expression d’une réjouissance rendant compte du privilège que l’on éprouve à recevoir cette information que l’autre nous adresse (touché, gratitude). Il y aura ici aussi un ton légèrement interrogatif. Celui qui reçoit témoigne du privilège qu’il a eu de recevoir cette information, mais aussi laisse à son interlocuteur la liberté de tout ajustement qui lui semblera nécessaire.
Une simple reformulation, selon le non-verbal qui l’accompagne, peut-être :
soit une phrase stupide et inutile générant de l’agacement « ! » ;
soit une froide vérification technique (utile mais dépourvue d’humanité) « ? » ;
soit une phrase exceptionnellement chaleureuse apportant un grand réconfort et venant fluidifier l’échange « !? ».
Peut-être avez-vous remarqué dans les lignes qui précèdent la ponctuation « !? » (cela se nomme exclarrogatif et s’écrit ainsi : ‽). L’exclarrogatif montre que, dans cette reformulation, on affirme chaleureusement, mais de façon légèrement interrogative. Ainsi, on préfèrera !? à ?! (affirmation d’abord ; légère interrogation ensuite) et même, quand on le peut, plutôt ainsi !? car le ton interrogatif est plus discret que le ton affirmatif de reconnaissance.
Ce paralangage existe aussi au téléphone (intonation très révélatrice de la posture souriante ou non de l’émetteur). Mais aussi à l’écrit en fonction de la mise en page (couleur, paragraphes, caractères gras, italiques, parenthèses, encadrés, fonds colorés, marges, retraits, images en filigrane, etc..).
Quand nous parlons, nous n’avons que peu de pouvoir sur ce non-verbal, car il ne fait que résulter de notre posture. Vouloir jouer volontairement sur le non-verbal donne le plus souvent un air ridicule, dépourvu de toute congruence. Notre posture, tout au contraire, peut être ajustée, dans la mesure où elle dépend de « où va notre attention ». Si notre attention se tourne vers les Êtres, la réjouissance en résulte naturellement, car l’existentiel est hors du champ de la gravité. Si notre attention se tourne vers les choses, les comportements ou les événements, notre état sera assujetti à leur gravité et nous serons exposés à des impacts produisant de l’affect. Vers les Êtres nous sommes profondément touchés, en plénitude (empathie source de réjouissance). Vers les choses nous sommes facilement en affects, en émotion (impacts sources de douleurs ou de plaisirs) … vouloir le cacher ou le travestir est une vaine entreprise.
Le cas particulier du « non-dit »
Le non-dit est souvent improprement confondu avec le non verbal. Or par définition il n’est pas dit du tout, ni verbalement, ni non-verbalement.
Lors d’un échange, il y a ce qui est prononcé, le plus souvent en accord avec les codes sociaux en vigueur. Mais, en arrière-plan, il y a souvent une pensée ou des émotions qui sont plus ou moins discrètement révélées par le non-verbal (gestes, mimiques, intonations). Volontairement ou non (surtout involontairement) ce flux accompagne le propos. Comme nous l’avons vu, la volonté a peu d’action sur ce non-verbal qui dépend essentiellement de « la direction où se porte notre attention » (des Êtres ou les choses).
Derrière cette pensée ou cette émotion, il y a encore un « arrière-arrière-plan » où se trouve la source de ces pensées et de ces émotions.
Par exemple une personne prononce poliment « bonjour » (verbal social énoncé), mais avec un ton agacé (petite colère non-verbale perceptible) derrière lequel se trouve un mal-être existentiel indicible et même souvent inconscient (non-dit). Non seulement cela n’est pas dit du tout à autrui, mais le plus souvent ce n’est pas même dit à soi-même.
Nous avons ici quelque chose qui concerne souvent le champ de la psychothérapie.
Autres chemins de l’information
L’évolution nous a conduit à avoir un type particulier de neurones : les neurones en fuseau. Ce sont des neurones qui ressentent l’émotion de l’autre, tels une sorte de « Wifi neuronal » ainsi que le propose l’auteur de l’ouvrage « Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner »*, page 71.
*Boris Cyrulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe André, Thierry Janssen, Patrice Van Eersel – Albin Michel Poche, 2012
« Nos neurones entrent sans arrêt en résonance avec ceux d’autrui ; nos intériorités sont en communication directe » (p.67).
« Dans votre cerveau les neurones qui ressentent l’autre côtoient les neurones moteurs qui permettent d’agir » (p.77).
Si les fameux neurones miroirs suscitent les mêmes gestes, les neurones en fuseau, eux, activent la même émotion entre deux cerveaux, (ibid.p.72 et 74). Une émotion, discrètement manifestée chez l’un, provoque la même activation dans le cerveau d’une personne voisine, même située hors du champ visuel. (ibid, p.67 à p.78).
Remarquable adaptation de survie conduisant un Être à ne pas infliger de souffrance à un autre Être (il semblerait cependant que ces neurones en fuseau soient plus efficients chez certains que chez d’autres… chez qui ils paraissent très anesthésiés !).
Des moyens techniques
L’écriture : Après avoir imaginé le langage, qui est déjà une extraordinaire performance, l’humanité inventa l’écriture. Un magnifique moyen de garder la trace des mots, des propos, des idées : gravure de signes sur différents supports (pierre, bois, os, argile…), puis sur papyrus, enfin sur papier, et même plus tard sur support numérique. L’évolution des supports facilite de plus en plus le stockage et le classement, mais aussi de transmission. Aujourd’hui l’envoi d’un email vers un interlocuteur sur un autre continent se réalise le temps d’un clic. Il n’y a pas si longtemps l’envoi d’un simple courrier sur un autre continent prenait des semaines.
Le son : L’écrit s’est affranchi des distances, la voix aussi. Des interlocuteurs situés à chaque bout d’un pays, ou même sur des continents différents, peuvent converser de façon quasi instantanée (léger délais, négligeable dans un échange verbal).
L’image fait de même : sur un simple téléphone portable ces interlocuteurs peuvent même se voir pendant leurs échanges entre n’importe quels points de la planète
Le nombre multiple d’interlocuteurs simultanés devient aussi une possibilité, tant pour le son que pour l’image, grâce à divers outils de réunion. On peut même ainsi animer une formation pour des participants situés en différents lieux (même différents continents). Il y a des sites internet, des applications, des réseaux, qui permettent à une abondance d’information d’atteindre de nombreux interlocuteurs de façon interactive (parfois hélas de façon un peu anarchique).
Les enregistrements : toute cette information bénéficie désormais d’incroyables possibilités de stockage. Livres, films, documentaires… nous disposons aujourd’hui d’une documentation vertigineuse. Même pour un amateur, enregistrer est devenu très facile. Il n’y a pas si longtemps, il fallait un appareil photo avec pellicule argentique pour l’image fixe, un magnétophone à bande pour le son, une caméra super 8 avec bobines de film pour le mouvement (sans le son). A l’époque cela constituait déjà un immense progrès ! Aujourd’hui enregistrer des sons, des images ou des mouvements devient très simple. Le stockage reste cependant une difficulté, car comme c’est devenu facile… on en fait beaucoup, beaucoup, beaucoup ! Mais là aussi la technologie vient à notre secours.
Des moyens subtils
Art et créativité : De simples messages vocaux, écrits ou visuels, peuvent n’être qu’une sorte de transmission plus ou moins froide et passive. Il est possible que ces transmissions soient tout de même plus ou moins habitées par leurs émetteurs (nous y reviendrons concernant la communication). Mais il n’y a pas que l’explicite qui peut être partagé ! Il y a aussi l’implicite visant à évoquer des choses qui se pensent à peine, mais viennent toucher en nous une zone indéfinissable d’humanité. Les créations artistiques apportent ce supplément d’âme aux messages.
Humour : il y a aussi la possibilité d’échapper à la gravité grâce à l’humour. L’humour permet une détente qui rend l’information plus facilement recevable (quand il ne dénigre pas). Pour atteindre ce but, il se doit d’ôter la gravité, mais de ne jamais constituer d’irrévérencieuse mise en dérision (ce que trop d’humoriste semblent avoir oublié).
Il ne s’agit plus ici de moyens techniques, mais de l’état naturel d’un certain type d’information (si toutefois il reste juste de parler d’information).
Une information qui ne voyage pas
Ni temps ni espace. Elle « est » partout simultanément. Si l’on en croit Ervin László, philosophe des sciences et théoricien des systèmes, elle n’a pas besoin de circuler pour être efficiente :
« […] ce qui arrive à une partie arrive également aux autres parties […] cohérence omniprésente par-delà l’espace et le temps » (Laszlo, 2016, p.30 – 33).
« Mais la cohérence dont il est question ici est plus complexe et remarquable que dans sa forme ordinaire. Elle renvoie en effet à une syntonisation quasi instantanée entre parties et éléments d’un système, que ce système soit un atome, un organisme ou une galaxie. Toutes les parties d’un système offrant cette cohérence se trouvent en corrélation telle, que ce qui arrive à une partie arrive également aux autres parties. » (Laszlo, 2005, p.31)
« Les particules sont intrinsèquement liées les unes avec les autres. […] Selon le physicien Nick Herbert « l’essence de la non-localité est une action à distance sans intermédiaire… Une interaction non locale relie un lieu à un autre sans traverser l’espace, sans s’altérer, et sans délai ». Selon le théoricien quantique Henry Stapp « Ce lien pourrait être la plus grande découverte de la science » » (ibid., p.95-100).
Elle produit « Une action à distance sans intermédiaire » : il n’y a plus de verbe, d’écrit, d’outils techniques, ni de support matériellement connu ! Il y a simultanéité et omniprésence, au-delà des moyens habituels de transmission.
Disponible partout et toujours
Cette in-formation serait ainsi uchrotopique (« uchronique » et « utopique », indépendante de l’espace du temps). Son mode d’action ne serait pas de circuler d’un point à un autre, mais seulement « d’être » et de « baigner » un ensemble d’éléments. Elle constituerait ainsi une sorte de « milieu », telle une sorte « d’atmosphère » dont chaque élément peut bénéficier en même temps que tous les autres.
Nous aurions là un autre mode opérationnel, mais qui ne devrait son efficacité que par le respect d’une totalité censée être en harmonie, en train de se déployer, d’émerger.
Nombre de nos réflexes ancestraux (défensifs, combatifs, contrôleurs, régulateurs, interventionnistes) risquent ainsi d’en contrarier l’accomplissement naturel. Reste à découvrir comment il nous est possible de « nourrir » cette in-formation. La nourrir à l’attention de tous, afin de contribuer (juste en facilitateur) à l’émergence de la conscience de cette Humanité toujours en devenir. Un mode hors de tout pouvoir, hors de l’énergie et du contrôle, en simple accompagnement d’une justesse déjà à l’œuvre.
Je ne parlerai pas plus longuement des informations sur les « personnes » qui sont au mieux des informations administratives, au pire un fichage des individus. Dans une société complexe, savoir qui nait, qui meurt et avoir des statistiques sur l’emploi, la santé, la sécurité, l’éducation, le logement et autres domaines est utile, tant que la vie privée est respectée.
Si cela est utile en termes d’organisation et de fonctionnement de la sphère sociale, la qualité de la vie de chacun des membres de cette société dépend aussi d’autres types d’information. Nous faisons le constat que les échanges entre les Êtres ne sont pas toujours sereins ! Beaucoup de confusions, de conflits, d’affects, d’incompréhension, de pouvoir, de soumission… et de souffrance car chacun tente de « bien faire » selon les références dont il dispose… mais il circule beaucoup de violences.
Pour nourrir cet « élan de bien faire » de quelques éléments utiles, et diminuer cette violence, nous pourrons commencer par distinguer les différents types d’informations :
sur les objets ;
sur les idées ;
sur les émotions ;
sur l’indicible (pas de mots) et même sur le non-pensable (ne peut ni -s’imaginer, ni se concevoir, ni se représenter mentalement).
Informations sur les objets
Juste nommer les choses semble si simple. Mais cela découle d’un long parcours de l’humanité qui a débouché sur environ 6 700 langues. S’exprimer de façon intelligible et être compris juste pour évoquer des choses ordinaires est un outil magnifique.
Certes il peut y avoir des désaccords tels que « non ceci n’est pas un fauteuil, ce n’est qu’une chaise ! ». Mais ces désaccords concerneront des nuances, des qualités, des conforts, des éprouvés plus subtils et non les objets en eux-mêmes. Dans l’exemple du fauteuil qui ne serait qu’une chaise, il s’agit surtout d’un désaccord sur le confort.
Là où la transmission d’information se complique, c’est quand il s’agit d’échanger des idées ou des ressentis : « Moi je pense que… ».
Informations sur les idées et les émotions
Ce que Yuval Noah Harari nomme « La révolution cognitive » dans son ouvrage Sapiens témoigne du moment préhistorique où l’Être humain a su manifester son imaginaire… Par des sculptures certainement, par des mots probablement. Se réunir autour d’un imaginaire commun permit de constituer des groupes plus importants, donc de mieux assurer la survie de la communauté.
La mise en mots de l’imaginaire, quand elle se produisit, fut une prouesse. Trouver des mots qui désignent quelque chose qui ne se voit pas (qui ne s’est jamais vu) et sur lequel il y aura accord est plutôt incroyable. « Cela sent bon », « Ce paysage est beau », « Je pense qu’il faut rêver », « J’ai peur d’une force mystérieuse que je ne vois pas », « Nous sommes protégés par la nature », « Cet animal représente notre force », « La nuit il se produit des rêves extraordinaires », « L’idée de transcendance nous dit que quand nous mourrons notre âme continue à vivre au-delà de notre corps », mais aussi « L’idée d’immanence évoque que nous ne vivons pas au-delà de la mort qui est une fin… au-delà du corps il n’y a rien », ou encore « L’idée d’impermanence nous raconte que ce qui nous constitue survit à notre mort mais change de manifestation »… Voici des idées différentes, des ressentis multiples, des croyances ou des expériences hors du commun, qui ont des énoncés pour « dire » ce qui ne se voit pas, ce qui ne s’objective pas, mais qui se pense ou se ressent.
Si la révolution cognitive a permis de se fédérer autour d’un imaginaire commun (favorisant la survie de la communauté ainsi plus nombreuse), cela a aussi implicitement conduit de nombreux Êtres à abandonner leur propre imaginaire.
Il faudra encore un grand pas pour que ces différences d’imaginaire et de pensées ne soient plus un obstacle à l’expression et à l’existence de chacun. Cette prouesse qui permit de fédérer plus de monde est paradoxalement aussi aujourd’hui ce qui génère beaucoup de désaccords. S’il est possible d’objectiver les propos concernant les choses, concernant les idées et surtout les ressentis ou les intuitions, il y a souvent des discussions enflammées et sans issue.
Certes, avec un peu de « sagesse », il est entendu que la différence est source de richesse… en théorie ! Car dans notre quotidien ces différences sont au mieux sources de désaccords, au pire elles sont sources de conflits, parfois même de combats, voire de guerres meurtrières. Pour que ces différences soient une source d’enrichissement de la pensée de l’humanité, faut-il encore que chacun soit conscient que de voir une même chose sous des angles différents permet de mieux en connaître la réalité.
Cette capacité à nommer les pensées, l’imaginaire et les ressentis avec précision est cependant une merveille. Elle ouvre vers une vastitude du monde pour qui veut bien être communicant, c’est-à-dire ouvert à autrui. Se révèle alors tout un champ de possibilités, sur le plan des créativités techniques, artistiques, philosophiques, psychologiques, afin que le meilleur de chacun contribue au mieux-être de tous.
Ce qui ne se pense pas
Avoir mis des mots sur les objets fut une grande avancée pour l’Humanité. Poursuivre avec la mise en mots de l’imaginaire, des pensées, des ressentis et des émotions fut une exceptionnelle expérience pour ces consciences en évolution que nous fûmes des millions d’années durant.
Le temps de l’Humanité (quelques millions d’années) est dérisoire par rapport celui de l’apparition de la vie (quelques milliards d’années)*. Le temps de l’humain préhistorique habituellement évoqué est finalement assez court : les fameuses grottes de Lascaux ne datent que de 17 000 ans !
*Il y a 3,8 milliards d’années la vie apparait sur notre planète. Puis les végétaux il y a 500 millions d’années. Et enfin les animaux terrestres il y a 400 millions d’années. Il y a 2,8 millions d’années émerge le genre humain, puis l’homo sapiens il y a « seulement » 300.000 ans. Quand est apparue la vie sur Terre
Ces dates ne sont pas absolues et varient en fonction des approches historiques puisque selon certains la préhistoire remonte à 4 ou 7 millions d’années. Qu’est-ce que la préhistoire
En seulement 0,0000045% du temps d’évolution de la vie (presque une soudaineté), la conscience se révéla avec plus ou moins de tumulte pour arriver à d’incroyables subtilités exprimées à travers 6 700 langues ! Nommer les choses, puis l’imaginaire, les pensées et les émotions nous conduit aujourd’hui à un autre défi : nommer aussi ce qui ne se pense pas !
De quoi s’agit-il ? Il y a des choses qui ne se pensent pas ? Oui il y a des choses que notre intellect ne sait pas élaborer. Par exemple en géométrie, « regarder » un cube depuis une 4edimension nous permettrait de voir toutes les faces en même temps (nos moyens cognitifs ne nous permettent pas une telle représentation). Mais est-ce si important ? Pas vraiment concernant le cube, mais il y a des expériences vécues qui échappent à la représentation mentale. Par exemple ce que nous rapportent les expérienceurs d’EMI (expériences de mort imminente) » :
« Mon ″moi″ n’était pas là en tant qu’individu rendant les comptes de SA vie, mais mon ″je″ était la vie de tous les humains ; en d’autres termes, c’était un bilan global à l’échelle de l’espèce. » (Jourdan, 2006, p.589).
« J’avais l’impression de tout connaître, toutes les dimensions. J’avais accès à la fois au passé, au présent, au futur, et à tous lieux de l’espace. » (Ibid., p.563).
« Je faisais partie d’un tout. Tout était clair, très lumineux et c’est un peu comme si on faisait partie du cosmos et qu’on est partout à la fois. » (Ibid., p.422).
« […] on a l’impression que tout se passe en même temps. » (Ibid., p. 547).
« Le savoir, la connaissance est totale et simultanée. » (Ibid., p.553).
Plus simplement, hors des EMI, il existe aussi des expériences hors du commun, hélas trop souvent étiquetées en « pathologie ». Ainsi il y a celles des Êtres dits « psychotiques » qui ont la sensation d’être tous les humains. Ce n’est pas douloureux, mais ils ne peuvent le penser et encore moins le dire… alors, là se trouve la douleur.
J’y ai consacré un article en octobre 2012 « Mieux comprendre la psychose » où je fais référence aux extraordinaires travaux du psychiatre Henri Grivois (créateur des premières urgences psychiatriques à l’hôpital Paris Hôtel Dieu). Il réhabilite pleinement ce type de vécu. De mon côté, je me souviens d’un patient qui me disait « C’est extraordinaire, j’avais l’impression d’être toute la société ». Il découle souvent un grand apaisement d’avoir été vraiment entendu sur ces énoncés qui tentent une mise en mots de ce qui ne se pense pas.
Mais il y a aussi bien des expériences éprouvées en psychothérapie, hors des EMI et des états dits « psychotiques ». Il s’agit de la dimension transpersonnelle. La vie sociale ordinaire ne permet pas l’expression de telles expériences, sauf aidé de la dimension artistique qui permet parfois d’en partager l’intuition. Par des mots, de la musique, de la peinture, de la sculpture, du théâtre ou du cinéma, peuvent émerger des émanations de cette « dimension » qui échappe à nos représentations intellectuelles, mais qui, par résonance, viennent nous toucher au plus profond de notre humanité.
C’est déjà là dans la vie courante. Cela fait simplement partie de l’existence. Nous devons trop souvent le garder secret par crainte de folie, aux yeux des autres ou même à nos propres yeux. Les croyances officielles, la philosophie, les religions, les envolées métaphysiques, tentent d’ouvrir une brèche vers l’expression des telles choses qui échappent à la raison objectivante (parfois en se perdant dans un océan de spéculations).
Enoncer le non pensable est un défi si l’on veut rester hors des discours « perchés », hors de la pensée magique, hors des croyances et surtout hors de l’obscurantisme et de la soumission.
Afin de gagner en gratitude, il était nécessaire d’aborder cette histoire du verbe, de la parole et de l’écriture avant d’aborder la qualité de la transmission des informations. Il était incontournable que nous prenions la mesure de cette dimension quasi sacrée qui nous été léguée par nos innombrables ascendants.
Parler et écrire semble naturel quand on l’a appris. C’est pourtant une merveille. Il n’y a qu’à constater ce que nous éprouvons face à un dialogue dans une langue qui nous est étrangère. Ou de tenter d’exprimer ce que nous pensons à une personne dont nous ne connaissons pas la langue et qui ne connaît pas la nôtre. C’est une expérience où nous nous sentons profondément handicapés. Et bien plus encore face à un texte non seulement dans une langue étrangère, mais avec une écriture qui nous est inconnue (chinoise, grecque, russe, hébraïque, hindi, coréenne, etc.). Nous comprenons soudain ce que peuvent ressentir les gens qui ne savent pas lire dans un environnement où tout le monde le fait facilement. Nous nous demandons comment il est possible d’accéder à l’intelligibilité de ces signes et de ces sons.
Donc nous avons aujourd’hui la chance d’avoir des mots, des phrases et des expressions qui nous sont intelligibles, ainsi que l’écriture pour le mémoriser, le partager, le transmettre. Bien des moyens technologiques accompagnent ces processus pour en déployer l’efficacité.
Reste cependant à voir l’usage que nous en faisons. Avoir tous ces moyens est une chose… être communicant en est une autre.
Le mythe de la force de conviction
L’art d’être convainquant semble une bonne idée pour faire passer une information importante. Hélas, « convaincre », c’est amener son interlocuteur à abandonner sa propre pensée pour adopter la nôtre. Or faire qu’une personne ne pense plus afin de nous comprendre est une fausse bonne idée*
Outre le fait que c’est profondément indélicat, il est plus que maladroit (pour ne pas dire stupide) d’anéantir un interlocuteur afin qu’il nous comprenne mieux.
Le défi serait plutôt de « faire passer l’information » tout en acceptant qu’elle puisse s’enrichir du point de vue de l’autre, quand bien même celui-ci serait contraire. Pour faciliter le passage de cette information, sa clarté doit s’accompagner d’éléments faisant échos à des choses qui concernent l’écoutant… mais sans jamais le départir de sa pensée, de ses doutes, de son jugement.
L’information est censée s’enrichir des échanges et non se fossiliser pour servir une seule personne au détriment des autres.
Nous retrouvons ce que Charles Darwin nous proposait : arrivée à l’homme l’évolution a produit le fait que celui qui survit le mieux est celui qui est le mieux adapté, et que le mieux adapté est celui qui sait prendre soin du plus faible.
« Aussi complexe qu’ait été la manière dont ce sentiment a pris naissance, comme celui-ci est d’une haute importance pour tous les animaux qui s’aident et se défendent mutuellement, il aura été accru par sélection naturelle ; car les communautés qui comprenaient le plus grand nombre de membres richement doués de sympathie, ont dû prospérer mieux et élever le plus grand nombre de descendants. » (Darwin, 2013, p.244-245).
« Cette vertu [Humanité], l’une des plus nobles dont l’homme soit doué, semble provenir incidemment de ce que nos sympathies deviennent plus délicates et se diffusent plus largement à tous les êtres sensibles. » (Darwin, 2013, p.266).
Ainsi, la coopération l’emporte sur la concurrence en termes d’efficacité. Le moteur de la concurrence serait alors une sorte de comportement fossile. Ainsi, il n’est pas question de force, mais de se nsibilité et d’ouverture d’esprit.
Confusion entre « information » et « communication »
La phrase « On ne peut pas ne pas communiquer » est évoquée dans bien des cours de communication. Emanant de l’école de référence Palo Alto (Californie) et notamment de l’extraordinaire Paul Watzlawick (psychologue junguien et sociologue américain), cette assertion mérite précision.
En dépit de sa source plus que fiable, il se trouve que cette affirmation n’est pas tout à fait juste. Il est vrai qu’il ne peut pas ne pas y avoir d’information entre deux personnes en présences l’une de l’autre, car même garder le silence est une information. Cependant, même s’il y a forcément des informations, on peut très bien ne pas être communicant. Le fait qu’il y ait de l’information est une chose, le fait d’être communicants (ouverts) en est une autre.
Paul Watzlawick, à qui nous devons beaucoup, ne nous a pas ajouté cette nuance. Ce n’est qu’un manque de précision, car par ailleurs il nous éclaire sur le moyen de nous comprendre :
« Pour se comprendre lui-même, l’homme a besoin d’être compris par un autre. Pour être compris par un autre, il lui faut comprendre cet autre » (Watzlawick, 1978, p.13).
Pour y voir clair en soi, chacun d’entre nous a besoin d’un tiers qui le comprenne. Et pour que ce « miracle » se produise, il est essentiel d’abord de s’investir dans la compréhension de ce tiers. Cette réciprocité de la compréhension définit une posture qui va bien au-delà de la simple information, et ici nous sommes très proches de ce que proposait le philosophe anglais John Stuart Mill*. Nous commençons à entrevoir ce que peut être le fait d’être « communicant ».
* […] ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer le silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité » (Stuart Mill, 1990, p.85).
Ouverts ou reliés ?
« Être communicant »c’est littéralement « être ouvert ». Deux pièces communicantes sont deux pièces qui ont une porte permettant de passer de l’une à l’autre. Deux vases communicants, ne sont pas des vases bavards, mais simplement des vases où un fluide peut librement passer de l’un vers l’autre grâce à une ouverture. Ainsi deux Êtres communicants sontdeux Êtres où le flux d’information peut librement se déplacer de l’un vers l’autre.
Pour que ce flux circule, il convient qu’il y ait ouverture de chaque côté. Si l’un des deux est ouvert mais pas l’autre ce flux reste bloqué, quels que soient les moyens utilisés pour forcer le passage (manipuler, convaincre, harceler, menacer). Pour que le fluide aille dans l’autre vase, détruire celui-ci avec un débordement d’énergie serait bien évidemment stupide… car ce flux ne ferait que tomber dans le vide sans jamais atteindre sa destination.
Le fait que pour être compris par un autre, il convienne que cet autre existe est une évidence. Donc encourager cette existence de l’autre est un incontournable préalable, ainsi que nous le dit Paul Watzlawick cité quelques lignes plus haut. Pour que cet autre s’ouvre à soi, il sera souhaitable d’abord de s’ouvrir à lui. Une ouverture unilatérale est possible. Mais cela ne permet pas à l’information d’accomplir son voyage complet d’une conscience à l’autre car elles ne sont pas communicantes. Celui des deux pôles qui est ouvert commencera par s’ouvrir à la fermeture de l’autre, ce qui favorisera que celui-ci s’ouvre à son tour.
Il est à noter que tout le monde a besoin de se sentir compris et d’exister. Quand il reçoit cela, il tend naturellement à s’ouvrir et à donner aussi existence à cet autre qui vient de lui permettre d’avoir cette place au monde (car alors il ne sent plus en danger dans son intégrité).
Hélas, ce n’est pas toujours si simple, car de subtils enjeux psychologiques nécessitent souvent une très grande délicatesse pour accomplir cette indispensable parenthèse. Cette parenthèse est une espace de validation concernant cette fermeture de l’autre, avant d’atteindre la nécessaire réciprocité. Ces enjeux psychologiques sont tellement délicats qu’ils peuvent nous échapper. Nous devons alors remettre l’échange à plus tard. A défaut, nous serons seulement relationnels en attendant un moment plus favorable.
« Être relationnels » c’est littéralement « être reliés ». Comme si nous étions attachés par un « lien d’information » générateur d’affects (agréables ou pénibles). Quand il n’y a pas d’ouverture, il y a quand même des informations (il ne peut pas ne pas y avoir d’information), mais celles-ci n’aboutissent pas et sont pareilles à une balle dans une joute de ping-pong : elles ne font que des allers-retours pour gagner un match. Elles rebondissent entre deux consciences sans jamais les atteindre.
On peut ne pas être communicants, mais si l’on n’est pas communicants,on ne peut pas ne pas être au moins relationnels. Hélas, cela coute de l’énergie et n’aboutit pas, mais au moins en étant attachés par ce lien informationnel, nous ne perdons pas tout à fait ce que nous n’avons pas encore su rencontrer : nous parlons beaucoup de ce que nous n’avons pas su rencontrer par répulsion, ou de ce qui nous a fasciné par attraction.
Ce qui nous porte à être relationnel ou communicant dépend essentiellement de la qualité de notre attention : celle-ci priorise-t-elle les Êtres que sont les interlocuteurs (l’autre et Soi-même), ou l’information échangée (ce qu’on se dit) ? Quand les informations échangées comptent plus que ceux qui les échangent, celles-ci circulent mal. Le réflexe qui conduit à prioriser l’information rend sa circulation difficile.
Plus cette information est importante, plus il est souhaitable qu’elle aboutisse, plus il est indispensable de prioriser les interlocuteurs.
Postures et validations
Donc, avant toute technicité linguistique ou littéraire, c’est une question de posture. Celui qui émet l’information éprouve-t-il de la considération envers celui à qui il l’adresse ? Est-il d’accord pour que cette information qu’il émet soit éventuellement enrichie du point de vue d’un autre, quitte à ce qu’elle soit en un premier temps rejetée ?
Quand les Interlocuteurs comptent plus que les informations cela se fait naturellement. Quand l’information prend tellement de place qu’elle devient source d’idéalisation… là il n’y a plus de communication. Nous tombons dans le « culte de l’objet informationnel ».
Celui qui émet l’information, s’il est communicant, priorise son interlocuteur. Il est attentif à ses réactions, ses désaccords, ses réticences (même quand elles sont implicites). Jamais il ne passe outre, ni n’engage la moindre énergie contre quoi que ce soit et encore moins contre qui que ce soit. A chaque pas, il valide ce qui est éprouvé par son interlocuteur et offre à celui-ci un espace où il va pouvoir librement préciser sa propre pensée et son ressenti. Librement… et même en étant accompagné pour cela. Celui qui est communicant est aussi un facilitateur d’expression.
Afin d’être compris, il convient de prendre soin de son interlocuteur. Certes cela peut être motivé par notre humanité, mais cela consiste aussi en une belle lucidité, où nous savons que chacune de nos informations peut trouver, grâce à cet échange, de nouvelles nuances éclairantes. Telle une contribution à la compréhension du monde, aucune pensée n’est figée. Elle s’enrichit à l’occasion de chaque échange. Revenons à John Stuart Mill. Dans son ouvrage De la liberté, il nous en fait un énoncé saisissant :
« Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, ils n’en auraient pas pour autant le droit d’imposer silence à cette personne, pas plus que celle-ci, d’imposer silence aux hommes si elle en avait le pouvoir » (Stuart Mill, 1990, p.85).
« […] ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer le silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs » (ibid).
« Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent aussi un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus vive de la vérité que produit la confrontation avec l’erreur » (ibid).
Que d’occasions perdues à chaque fois qu’on essaye de convaincre, à chaque fois qu’on tente de démontrer à l’autre que sa pensée est stupide ! Heureusement, ce manque d’état communicant est aussitôt compensé par un état relationnel (relié) qui nous attache à celui que nous n’avons pas encore su considérer. Même s’ils sont inconfortables, les désaccords viennent alors nourrir d’innombrables conversations, voire des pensées obsessionnelles. Quoique stériles et coûteuses en énergie (parfois dévastatrices), le sujet reste d’actualité et l’on peut espérer que dans ce « creuset bouillonnant » émergera ultérieurement une idée nouvelle, source d’un supplément de conscience pour tous.
Que d’occasions manquées aussi quand il y a spontanément fascination pour une idée, une parole, un discours. Cette fascination pour le propos rend aveugle. On est souvent fasciné pour compenser un manque de Soi, aussi bien chez celui qui émet que chez celui qui reçoit. L’adhésion à la « chose dite » se fait sans nuances. Ce sera encore une situation relationnelle, mais cette fois-ci par fascination. Même si elle semble plus agréable que la répulsion où il y avait conflit, il ne s’y trouve pas d’état communicant non plus, car l’information y est aussi plus importante que les interlocuteurs. Celle-ci ne s’enrichit pas au gré des échanges. Elle se fossilise ! Quant aux interlocuteurs, ils y perdent leur bon sens, leur discernement… ils y perdent un peu de leur âme, tant ceux qui sont fascinés que ceux qui fascinent. Le lien relationnel permettra ultérieurement de découvrir la dimension existentielle de Soi, de l’Autre et la raison de chacun.
Finalement, y-a-t-il moyen d’être facilitateur de ce processus communicant afin qu’il s’accomplisse plus aisément ? Moins d’inconforts ou moins de douleurs seraient bienvenus. Peut-on identifier ce qui rendrait nos échanges plus sereins, plus efficaces, moins énergivores ? Et que cela s’accomplisse en vue d’un bénéfice commun, profitable à chacun et à tous !
Lors d’un échange, il y a des interlocuteurs (des Êtres) et des informations (des choses). Les interlocuteurs sont inestimables (au-delà du champ des valeurs) et les informations sont de choses objectivables, mesurables, (évaluables, susceptibles d’estimation). De ce fait les interlocuteurs comptent toujours bien plus que les informations, même et surtout quand celles-ci sont très importantes. L’inestimable est priorisé par rapport à l’estimable !
L’information est importante car elle peut contribuer à la vie de chacun d’entre nous. Sa contribution concerne le plan assez trivial de la survie (nourriture, dangers, habitat… etc.), mais elle concerne aussi le plan subtil qui constitue l’expression de nos pensées, de nos réflexions de, nos sentiments, et même de notre essence existentielle (créativité, philosophe, production artistique).
Au-delà de toute compétence linguistique, selon ce qu’on privilégie, la transmission ne se passera pas de la même façon. Quand les interlocuteurs sont privilégiés, même avec de modestes compétences linguistiques l’échange sera de qualité. Si l’on privilégie l’information, même avec de grandes compétences linguistiques il sera peu efficace, voire stérile. Au mieux il sera un peu ennuyeux, inconfortable, submergeant, parfois séduisant. Au pire, il sera manipulateur, discrètement dangereux ou même officiellement destructeur.
La source première concernant la qualité de cette transmission est avant tout ce que l’on privilégie (les interlocuteurs ou les informations).
Ensuite, et ensuite seulement, il y a la compétence verbale (sémantique, justesse du langage) qui peut venir affiner cette qualité. Il importe de comprendre que cette qualité vient plus de ce qu’on privilégie que de l’habileté linguistique. Même avec beaucoup d’intelligence et de fabuleuses connaissances, un interlocuteur peut être un piètre communicant, voire un dangereux manipulateur*.
*Quand il en est ainsi, c’est qu’il est en train de gérer sa propre difficulté existentielle. Il aurait besoin d’être ontiquement considéré par un interlocuteur bienveillant capable de l’aborder au-delà de son comportement.
Être au service du savoir est une chose, être au service de l’humanité qui est en chacun de nous en est une autre ! Toutefois quand on sait privilégier cette humanité, le savoir et la compétence linguistique sont de précieux outils. Ils permettent d’affiner la précision de ce qu’on cherche à échanger.
Il est essentiel de rappeler ce paradoxe : plus l’information est privilégiée, moins bien elle circulera d’une conscience à l’autre. Même s’il reste juste d’apporter du soin à la qualité de l’information sur le plan linguistique, privilégier l’interlocuteur est toujours le plus important pour qu’elle aboutisse.
Accorder existence à celui qui doit recevoir l’information est un préalable de simple bon sens… mais finalement, nous faisons tous au mieux, plus ou moins empêtrés dans nos quêtes existentielles en cours d’accomplissement.
Entre deux interlocuteurs
Deux interlocuteurs sont en présence. L’un des deux souhaite adresser à l’autre une information qu’il juge importante. Il commence par accorder à l’autre son attention. Il perçoit alors sa présence, le considère pleinement comme un Être humain riche d’une vie personnelle, de ressentis, de priorités essentielles, etc.
S’il constate que l’attention de l’interlocuteur est disponible, il lui adresse son information. Il reste attentif à la façon dont cette information aboutit. Il aura ainsi une vigilance sur trois points de cet aboutissement, afin de proposer d’éventuels ajustements :
Recevoir : l’information est arrivée à destination,
Comprendre : Le sens de cette information a été compris,
Accueillir : l’interlocuteur accorde à l’émetteur que tel est son point de vue.*
*« Accueillir » ne signifie pas que les deux pensent la même chose, mais que celui qui reçoit l’information accepte que tel soit le point de vue de celui qui vient de l’émettre.
Chacune de ces étapes se manifeste discrètement (paralangage) ou verbalement (avec des mots, mais le paralangage y est toujours présent).
Distinguer ces trois étapes est nécessaire car :
À celui qui n’a pas reçu, on répète (il y a eu des bruits parasites ou divers problèmes d’audition, ou un quelconque problème d’acheminement de l’information) ;
À celui qui n’a pas compris, on explique (l’interlocuteur n’a pas eu d’accès au sens) ;
À celui qui ne veut pas que tel soit notre point de vue,on offre une parenthèse où il peut expliciter son désaccord, et le fondement de celui-ci.
L’échange devient vite compliqué quand, au lieu de cela :
Face à celui qui n’a pas reçu l’information, l’émetteur initial se met à expliquer (croyant que l’autre n’avait pas compris). Ce dernier répondra souvent (ou pensera) : « ça va ! Je ne suis pas idiot ! »
Face à celui qui n’a pas compris l’information, l’émetteur initial la répète (croyant que l’autre n’avait pas entendu). Ce dernier dira (ou pensera) : « ça va je ne suis pas sourd ! ».
Ces deux premières situations génèrent déjà un peu d’agacement. Mais la tension atteint son comble quand :
Face à celui qui est en désaccord l’émetteur initial explique (croyant que l’autre n’avait pas compris). Aussi habile que soit l’explication, ce dernier se sentira agressé, nié, et redoublera en virulence pour faire valoir son point de vue. Généralement il se dépensera beaucoup d’énergie pour n’arriver nulle part en termes de compréhension. Il y aura alors une discussion stérile et épuisante laissant un goût d’amertume. Elle se terminera le plus souvent par un abandon des tentatives, sur le mode plus ou moins « vainqueur/vaincu » dans une stérile bataille d’arguments.
S’il suffisait de savoir cela pour que tout se passe bien ce serait trop simple. Viennent se greffer des enjeux émotionnels ou existentiels qui nous éloignent spontanément du bon sens. Ils nous portent involontairement à œuvrer d’une façon très maladroite. Nous avons beau le savoir, avoir « tout compris » à propos de la communication, nos réactions dépassent souvent notre volonté… et il en est de même pour notre interlocuteur.
Plus les interlocuteurs sont en fragilité existentielle ou en charge émotionnelle, plus nos trouverons de telles réaction (c’est-à-dire souvent !).
Notre fragilité existentielle est plus ou moins forte selon les validations que nous avons reçues au cours de notre vie. Nous sommes-nous sentis bienvenus dans ce monde, ou bien avons-nous dû bagarrer un peu pour y trouver une place ? Pour reprendre « les besoins selon Abraham Maslow » nos besoins ontiques (reconnaissance, amour, harmonie) ont-ils été suffisamment nourris ? Une telle nourriture est-elle venue contribuer à notre place sociale, ou bien avons-nous dû nous forger un ego suffisant pour avoir l’air de ce que les autres semblaient attendre ? Des traumas événementiels ont pu s’y ajouter… alors s’y constitue un floutage émotionnel altérant nos perceptions.
Notre fragilité émotionnelle est plus ou moins forte en fonction de notre histoire. Quand nous avons traversé des traumas, ce qui a été blessé en nous a été mis de côté (clivage de sécurité) et les situations analogues ultérieures provoqueront deux types de réactions :
Par mémoire réflexe garante de notre sécurité (événementielle). Cela ne concerne que les faits et consiste à éviter tout ce qui ressemble (même approximativement) afin de ne pas s’exposer à une nouvelle peine.
Par mémorial garant de notre complétude à venir (existentielle). Cela ne concerne que les Êtres avec leurs ressentis et consiste à aller vers ce qui y ressemble, pour retrouver les Êtres que nous avons éloignés de notre conscience. Soit un de ceux que nous avons été (biographie), soit un de ceux dont nous sommes issus (transgénérationnel), soit un pan de l’Humanité ou de la Vie (transpersonnel).
La mémoire veille à notre sécurité, de même que la pulsion de survie qui provoque des clivages de la psyché. Elle occasionne une dépense d’énergie pour maintenir à distance (clivages) ce qui est indésirable, dangereux, potentiellement source de douleur.
Le mémorial veille à notre intégrité, à notre complétude. Il fait en sorte que nous ne restions pas morcelés. Il nous offre la possibilité de nous « rassembler intérieurement », en nous confrontant à des Êtres qui ressemblent à ceux que nous avons rejetés,.
Ces deux tendances semblent s’opposer : l’une éloigne, l’autre rapproche. En fait elles se complètent car nous avons autant besoin de sécurité que d’intégrité. Ce qui les différencie est surtout que ce qui éloigne consomme de l’énergie, alors que ce qui rassemble émerge d’une cohésion en devenir qui se recherche naturellement et ne dépend pas de l’énergie. Ainsi la Vie l’emporte toujours sur la survie. Elle reprend ses droits quand l’énergie est épuisée. Cette dernière finit toujours par fléchir, car c’est dans sa nature… Alors quand l’énergie s’effondre, souvent la Vie émerge*.
Outre le fait que la Vie pousse naturellement à cette cohésion, elle nous conduit aussi vers le déploiement, c’est-à-dire « rejoindre qui l’on a à être ». Il s’agit ainsi de devenir ce que nous sommes déjà quelque part sans le savoir.
Au cœur de Soi avec soi-même
Cette notion « d’état relationnel » ou « d’état communicant » vaut aussi pour soi-même. Nous pouvons toujours nous demander : « Celui que je suis est-il communicant avec ceux que j’ai été, avec ceux dont je suis issu, avec les pans de l’Humanité ou de la Vie qui s’expriment en moi ?… et même avec ceux que je serai ? ». C’est le champ dans lequel œuvre la « thérapie » en maïeusthésie.
Quand une zone de Soi a été en souffrance, il est naturel que notre pulsion de survie la place à distance (clivage) afin de nous préserver tant que nous ne sommes pas capables de la rencontrer. Pour la rencontrer, comme avec autrui, il convient de distinguer la différence entre « celui que nous étions » et « ce qui s’est passé » (acuité).
Saurons-nous ainsi nous ouvrir à cette expression qui se manifeste au plus profond de Soi ? Saurons-nous recevoir cette information qui est adressée à notre conscience en vue d’écoute, de reconnaissance, de validations de celui que nous étions ?
Tout ce qui nous constitue est naturellement en état communicant. Sauf quand la rencontre ne peut se faire suite à une charge émotionnelle trop forte. Il y a alors clivage. Ainsi celui que nous sommes ne peut être que « relationnel » (relié) avec celui que nous étions. Ils seront reliés par un symptôme, par une manifestation qui permet de ne pas perdre ce que nous ne savons pas encore su rencontrer. C’est une sorte de mémorial* qui se représentera de nombreuses fois au cours de l’existence, afin de nous offrir de multiples occasions de restaurer l’état communicant (ouverture, reconnaissance)
*Rappelez-vous (Entre deux interlocuteurs) la différence entre la « mémoire » qui garde une trace des faits et le « mémorial » qui garde une trace des Êtres.
Serons-nous communicants (chaleureusement ouverts), ou serons-nous simplement relationnels (prudemment distants) ? Mettre en œuvre une séance de maïeusthésie c’est juste, à partir d’un état relationnel (celui qu’on est et celui qu’on a été, reliés par l’intermédiaire d’un symptôme), faciliter l’accès à un état communicant (intégrité retrouvée, complétude existentielle accomplie).
Ce cheminement est un cheminement naturel qui s’effectue spontanément tout au long de la vie. Il peut néanmoins être facilité par un accompagnement maïeusthésique quand la situation perdure ou se trouve un peu trop complexe.
Cas particulier du couple
La vie d’un Être Humain se déroule souvent avec la constitution d’un couple. L’évolution a imaginé cela afin de perpétuer l’espèce, avec comme moteur la sexualité permettant un brassage génétique optimum. Mais celle-ci peut aussi s’exprimer différemment hors de cette notion de brassage génétique… pour permettre un brassage psychologique. Ce brassage psychologique vaudra donc autant pour un couple hétérosexuel que pour un couple homosexuel. Dans les deux cas il se joue un phénomène majeur : des Êtres unissent leurs vies et il se joue un brassage psychologique très fructueux où « les travers de l’un réactiveront les mémoriaux de l’autre », et inversement. Cela s’appelle « interactions systémiques » et tend à conduire chacun vers sa complétude et son déploiement.
En se rencontrant, la première phase est celle de l’attraction. L’attirance s’effectue pour diverses raisons difficiles à identifier consciemment. Chacun tente d’avoir l’air de ce que l’autre attend(séduction), et chacun ne voit en l’autre que ce qu’il souhaite y voir (cécité d’inattention). Le rapprochement peut ainsi s’effectuer sans que chacun ne se doute de ce qui sera réactivé avec les travers de l’autre, qui se révéleront ultérieurement. En avons-nous l’intuition inconsciente ? Est-ce cela qui est facteur d’attirance à notre insu ? Il est bien difficile de l’affirmer. Cependant, nous pouvons souvent remarquer que le « casting » est très judicieux pour réactiver ultérieurement le mémorial de chacun !
De façon quasi systématique, ce qui se révèle chez un couple constitué, c’est que chacun éprouve de plus en plus le besoin d’« être celui qu’il a à être » et aura de moins en moins l’élan d’avoir « l’air de ce que l’autre attend ». Et cet autre, gagnant en lucidité, verra de moins en moins ce qu’il souhaitait voir et découvrira une réalité dans laquelle ce que cet autre lui donne à vivre ressemble étrangement à certaines choses qu’il cherchait à éviter. Il commencera à y avoir réactivation des mémoriaux de chaque côté, provoquant parfois de tumultueuses réactions.
La façon de gérer ces difficultés émergentes n’est pas forcément de changer de couple, car on risquerait d’en constituer un autre qui serait analogue compte tenu du phénomène d’attirance inconscient (art du « casting » involontaire). La priorité sera surtout d’accomplir ces remédiations ou déploiements en cours, auxquels nous invitent ces réactivations.
Cela permet au couple de poursuivre son cheminement de façon beaucoup plus paisible. Chacun soutient l’accomplissement de ces enjeux chez l’autre autant que chez lui-même. Une fois les remédiations et déploiements accomplis ils peuvent poursuivre plus sereinement leur aventure conjugale… Ou alors se séparer s’il s’avère que c’est le plus juste, quand les trajectoires deviennent trop différentes. Mais il est essentiel de ne pas se séparer sans avoir validé la justesse qu’il y a eu à être ensemble, ni sans conscientiser avec gratitude ce qui s’est accompli grâce à ces réactivations réciproques. Cependant, chacun faisant pour le mieux, ce n’est pas toujours si simple. C’est même souvent déchirant !*
Le plus délicat en matière de communication (outre ces interactions systémiques) est que quand nous vivons avec une personne (conjoint, enfants, parents) nous pensons tellement la connaitre que nous n’écoutons que rarement l’entièreté de ce qu’elle cherche à partager.
Il serait tellement avantageux d’avoir conscience que nous avons beau nous connaître, à chaque phrase il conviendrait de rester curieux de ce que l’autre cherche à partager. D’autant plus, nous l’avons vu, que la mise en mots de nos ressentis est une affaire très délicate et mérite plus d’être accompagnée que d’être stoppée net par un air de « tu me l’as déjà dit », ou par une contradiction pour surtout faire valoir sa propre différence de point de vue.
Le creuset du couple favorise cette avancée de chacun vers plus de complétude et de déploiement grâce aux multiples réactivations engendrées par cette situation systémique. La conscience peut en être enrichie, même si cela se fait parfois avec beaucoup de tumulte et même de douleurs.
Après tout ce que l’éducation nationale a permis de transmettre (l’accès au savoir est libérateur), enseigner la communication telle que nous l’évoquons ici serait une grande avancée pour un mieux vivre ensemble. Nos bénéficierions de plus de liberté avec plus de conscience de soi et d’autrui (échappant au fameux « science sans conscience »). Le programme ne serait pas simple à construire, mais il serait une immense contribution à la paix sociale et conjugale (peut-être même mondiale).
Entre de nombreuses personnes
Quand le nombre de personnes en interaction augmente, cette circulation de l’information se complexifie.
Le « vivre ensemble » nécessite des socles communs. Les socles linguistiques et culturels facilitent les échanges d’informations. Ces socles communs, si nécessaires qu’ils soient, ne doivent cependant pas altérer les multiples différences qui feront la richesse de la communauté d’individus. John Stuart Mill avait parfaitement évoqué cette nécessité du respect des différences afin de garantir la meilleure avancée de conscience pour le plus grand nombre.
Pour transmettre les informations, les smartphones, les différents médias (éditions, radio, télé), internet et les réseaux, des outils comme Skype, Team ou Zoom pour les réunions, sont de nouveaux moyens très performants. L’information circule de plus en plus loin, de plus en plus vite, et vers de plus en plus de destinataires.
Ces moyens extraordinaires ne font que faciliter le voyage de l’information d’un point à un autre. Mais cela ne dit rien de la posture de celui qui est à l’origine de l’information, ni de celui ou de ceux qui la reçoivent. Quel est le degré de considération envers autrui à chaque pôle de l’échange ?
La technologie ne rend pas plus communicant, mais permet à ceux qui le sont de mieux échanger, plus loin dans l’espace et dans le temps et vers un plus grand nombre d’interlocuteurs.
Dans ma publication de septembre 2023 « Conscience et langage humain » j’ai évoqué ce cheminement du langage passant par la période préhistorique avec la « révolution cognitive » (énoncer l’imaginaire) qui permit de fédérer plus de monde*. Cet avantage du nombre de personnes concernées favorisa la survie la communauté… mais au prix de l’adhésion de tous à un imaginaire commun, hélas souvent avec l’abandon chez chacun de ce qu’il a de spécifique. La communauté se prive ainsi de la richesse des différences qui pourraient être source de grandes avancées utiles à tous.
*Yuval Noha Harari, Sapiens – une brève histoire de l‘humanité, 2015
Je termine mon texte avec l’idée d’une « révolution expérientielle » avec la mise en mots non pas de l’imaginaire (cognitif) mais de ce qui ne se pense pas (expérientiel archétypal), naturellement commun à tous, sans que personne ne soit obligé d’abandonner ses spécificités.
Dans une petite expérience comme celle de l’animation d’une formation, celui qui anime est censé transmettre des informations. Il le fera d’autant mieux qu’il sera ouvert aux participants, fera de chacun d’eux une source bénéfique à tous, et évoquera son propos en tenant compte de ce qu’il y a de spécifique en chacun, afin d’en favoriser le déploiement. Il s’agira ainsi d’une pédagogie par résonance (chacun « reconnaît » ce qui lui est proposé comme une mise en mots de ce qu’il pressentait déjà). Contrairement à une « pédagogie par ensemencement » d’idées qui sont censées germer dans l’esprit de l’autre (cela peut être envahissant)*.
*Concernant cet aspect de la pédagogie, voir ma publication de septembre 2017 « Animer une formation ».
Interlocuteur : intelligence ou conscience ?
Alan Turing (1912 – 1954), mathématicien et cryptologue anglais, imagina un test pour vérifier si un logiciel pouvait se faire passer pour un humain quand un humain interagissait avec lui. On pourrait agrémenter ce test en le prolongeant dans la vie naturelle, afin de révéler si l’interlocuteur est une « intelligence » ou une « conscience ».
Dans un échange ordinaire, s’agit-il d’intelligences ou de consciences en interactions ? Si l’intelligence peut être naturelle (notre intellect) ou artificielle (une IA), la conscience, elle, est d’une toute autre nature. Une des différences majeures entre l’intelligence et la conscience est que l’intelligence est capable d’atteindre un objectif préétabli (judicieusement vaincre ou contourner des obstacles pour atteindre ce qui a été pro-jeté [jeté vers l’avant]), alors que la conscience est capable de rejoindre une finalité qui se révèle et qui l’attendait (juste en se laissant guider, sans aucune dépense d’énergie et sans stratégie). Finalement la conscience est beaucoup plus écologique que l’intelligence, même si les deux peuvent fructueusement collaborer. Il importe aussi de comprendre que l’intelligence se développe (acquiert des données, des compétences, des stratégies) alors que la conscience* se déploie (se révèle, se déplie, émerge, rejoint « ce qu’elle a à être » et qui existe déjà potentiellement).
*Cependant, la notion de « conscience n’est pas aisée à distinguer de l’intellect ou du cognitif. Pour plus de détails sur la conscience, lire sur ce site la publication d’octobre 2019 « De la conscience à l’Un-conscient » :
La conscience : précisions utiles : « l’intellect » du latin intellectus « perception par les sens »,etintellĕgĕre (discerner, comprendre) ».(Dictionnaire historique de la langue Française Rober, Alain Rey). De inter- (« entre ») et du verbe lĕgĕre (« cueillir, choisir, lire »). Étymologiquement, l’intelligence consiste à faire un choix, une sélection.
Distinguer entre être et conscience : « Noos désigne la tête ou l’intellect, mais chez les grecs l’intellect désigne la divinité (et non le cognitif). Chez Plotin, à l’origine il y a l’Un, qui se divise en intellects (dieux), qui eux-mêmes se divisent en âmes (spirituelles), qui elles-mêmes investissent des corps (matériels). Selon Plotin, de division en division, il y a la nostalgie de l’origine (l’Un) de plus en plus intense, mais aussi de plus en plus floue à mesure de cet éloignement. ».
Concernant l’intelligence, dans son ouvrage « Nexus – une brève histoire de l’information de l’âge de pierre à l’IA »* (2024), Yuval Noah Harari évoque longuement (560 pages) la nuance entre « intelligence naturelle » et « intelligence artificielle ». Il propose même qu’au lieu de dire « intelligence artificielle », on dise « intelligence autre »**, car même si son fonctionnement est différent (autre), c’est bien une forme d’intelligence.
*Harari a choisi ce titre car le mot « Nexus » signifie « convergences de liens ou de connexions entre de multiples sources ».
** « A mesure que l’IA évolue, elle devient de moins en moins artificielle (au sens de dépendance à l’égard d’humains qui seraient là pour la concevoir) et de plus en plus « autre » – étrangère à la nôtre ». (Harari, 2024, p.268)
Dans son précédent ouvrage Sapiens il explicita comment l’homme passa de l’énoncé de la réalité matérielle à l’énoncé de l’imaginaire (révolution cognitive) et put ainsi fédérer plus de monde (des milliers et bien plus encore, au lieu de quelques dizaines) afin d’optimiser la survie du groupe. Ici il montre comment la technologie de l’information a pu étendre ce phénomène et fédérer encore plus de monde… hélas non sans inconvénients et sans dérives ! Ce fut déjà le cas avec l’imaginaire, qui fut souvent aussi instrumentalisé à des fins de domination. Avec les progrès technologiques, si les effets bénéfiques sont plus étendus, les effets indésirables le sont aussi.
Harari a consacré la moitié de son ouvrage « Nexus » à évoquer minutieusement comment les humains ont fait circuler l’information entre eux : culture, pouvoir, politique, croyances, religions…, etc. Il y fait l’inventaire de leurs outils : de la parole (préhistoire) à l’écrit (histoire), des tablettes d’argile aux papyrus, de l’impression d’un document à celle d’un livre, jusqu’à la diffusion médiatique et numérique.
Puis il aborde tout aussi minutieusement l’intelligence artificielle (cette fameuse « intelligence autre »). Il se trouve que les ordinateurs, les algorithmes et tous les moyens technologiques de l’informatique ne jouent plus seulement un rôle d’outil de stockage et de transmission, mais deviennent des interlocuteurs à part entière qui donnent des réponses où peuvent se trouver de innovations et de la créativité*.
*En fin d’article, après la bibliographie, vous trouverez un exemple de textes généré par CHATGPT en réponse à la question « Qu’est-ce que la maïeusthésie ? » demandé 1/dans le style de Victor Hugo ; 2/dans le style de Lao Tseu ; 3/dans le style de Plotin.
Initialement, l’informatique fut une simple facilitation de la mémoire, du classement, du traitement et de la transmission des informations. Etant au service des dirigeants d’un peuple elle permet tout un tas de possibilités de gestion de données essentielles (sanitaires, éducatives, économiques, sociales, politiques). Harari nous montre comment les avantages et les inconvénients d’une telle avancée servent ou menacent tant les démocraties que les dictatures (Harari, 2024, p.233). Certains avantages facilitent par exemple la mise en œuvre d’une démocratie (éducation, information des électeurs, vote et scrutin authentique…), mais même là, il se trouve des inconvénients avec les réseaux qui peuvent rapidement anéantir une réputation et saboter le processus des intentions de votes, juste avec quelques fake news bien ciblées (et même parfois conduire à de la haine et à des meurtres – Harari, 2024, p.248). Il souligne que le remède aux aléas d’un système (naturel ou artificiel) est sa décentralisation et sa capacité d’autocorrection (Harari, 2024, p.181).
L’émergence de l’IA, n’apporte pas seulement des avantages. Il ne s’agit plus seulement d’informations qui transitent de conscience à conscience, ou d’intelligence naturelle à intelligence naturelle, aidées par la technologie. Chez des humains, même avec les risques de malveillance ou des faussetés, il s’agit tout de même d’interlocuteurs intelligibles et potentiellement gérables. Avec l’IA, l’information émerge de constructions venant d’algorithmes ayant traité des données pour faire émerger des nouveautés ajustées à un but prédéterminé. Ces nouveautés ne viennent pas d’une conscience mais juste d’une intelligence purement logique et ultrarapide ! Une IA peut même s’adresser directement à une autre IA avant d’aboutir à un humain (Harari, 2024, p.255). Elle peut induire chez cet humain des décisions, en ayant recueilli et analysé ses motivations et besoin : elle peut lui répondre de façon à mieux l’influencer en direction d’un but discret placé dans l’algorithme, et le conduire à faire des choix initialement hors du champ de sa volonté. Aujourd’hui, toute la population munie de smartphones enrichit continuellement des bases de données monumentales (Harari, 2024, p.295, 296, 317), ayant plus de valeur que tout l’argent imaginable. La ruée cette fois-ci délaisse l’or pour se diriger vers le silicium et surtout vers les datas (les données)*
*La course aux data, afin de « nourrir l’IA », utilise aussi des centaines de millions de modérateurs devant visionner des texte ou images du net, souvent insoutenables, pour donner des réponses venant nourrir des statistiques et rendre les IA performantes.
Visionnant ainsi beaucoup de scènes abominables, la plupart tombent en stress traumatique et travaillent ainsi dans le tiers monde pour un salaire dérisoire. C’est un travail de l’ombre qui contraste tellement avec la modernité exceptionnelle de cette technologie.
Voilà ce que nous rapporte l’émission « Les sacrifiés de l’IA », diffusée par France 2… et qui aborde également la problématique énergétique et écologique (11 février 2025 à 22h40 – Henri Poulain). Serait-ce une désolante continuité de l’histoire, qui se répèterait, même au cœur de la modernité la plus innovante ? A quand un avancée humaine globale ?
Indépendamment des problèmes que pose l’IA, nous retiendrons qu’effectivement, s’adresser à une intelligence (humaine ou artificielle), est très différent que s’adresser à une conscience.
Dans la communication, les interlocuteurs en tant que consciences interagissent l’un avec l’autre et se sentent touchés de se rencontrer harmonieusement dans leurs différences. Il s’y trouve un tact existentiel venant en résonance avec nos fondements archétypaux expérientiels. Cela se vit comme une opportunité de déploiement pour chacun.
Dans la relation, il ne s’agit plus que de données qui transitent d’une intelligence à l’autre et qui viennent inter-réagir (plus qu’interagir) en discussions plus ou moins émotionnelles, jouant sur des arguments. Il s’y trouve souvent un « combat d’idées » avec des manipulations émotionnelles. Dans les réseaux sociaux, la motivation à rester connecté est fréquemment attisée par des informations outrancières, des désinformations édifiantes, attisant parfois même des sentiments de violence. Le but de l’algorithme du réseau n’est pas en soi malveillant, il est juste prévu pour faire durer la connexion… quitte à ce que ce soit en choquant et que les effets nous éloignent de notre humanité (Harari, 2024, p.247, 314, 318 et bien d’autres passages).
Selon ces algorithmes des réseaux sociaux :
« Une heure de mensonges ou de haine était classée plus haut que dix minutes de vérité ou de compassion » (Harari, 2024, p.319
Cela conforte l’adage bien antérieur aux réseaux : « Tout est parfait… il n’y a rien à dire ; tout va de travers… parlons-en ! ». L’idée ici est de susciter de l’intérêt (intellect) addictif, plutôt que de l’attention (conscience) réconfortante. Pourtant, tout le monde manque de cette attention ! C’est même sans doute le besoin ontique le plus frustré et le moins conscient… laissant les autres besoins demeurer insatiables et sources de comportement addictifs (donc de longues connexions sur les réseaux !).
Dans la communication on s’adresse à la conscience (tact psychique). Alors les besoins ontiques sont profondément satisfaits.
Dans la relation on s’adresse à l’intelligence (concordances ou conflits de données) ou à l’affect (situations émotionnelles). Il s’agit le plus souvent d’une sorte de jeu où l’intérêt (pour les choses) prime sur la considération (envers les Êtres). Elle laisse perpétuellement insatisfait dans une escalade continuelle conduisant à une forme d’addiction, à un « toujours plus ».
L’intelligence (naturelle ou artificielle) n’est cependant en aucun cas à diaboliser, au contraire : elle est un merveilleux collaborateur de la conscience… c’est uniquement quand elle seule prend les commandes que commencent les difficultés ! « Sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme » nous disait déjà Rabelais au XVIème siècle (1483 ou 1494-1553)*.
La communication a plus besoin de conscience que d’intellect. Une sorte de supplément « d’âme », dont la dimension est quasiment inaccessible à l’intelligence, et qui joue plus sur la « résonance » expérientielle que sur « l’analyse » intellectuelle. Mais l’agencement harmonieux des deux est comme un miracle de douceur et d’efficacité. Pourtant, des patients exposés en ligne à des échanges avec de vrais médecins ou avec une IA médicales (sans être informés de cette différence), ont trouvé que l’IA était plus empathique que ces médecins !? (Harari, 2024, p.381)… tant l’IA a intégré ce à quoi nous sommes sensibles, sans pour autant qu’il n’y ait de conscience.
Si nous disposons aujourd’hui « d’intelligences artificielles », nous n’avons pas pour le moment « de consciences artificielles ». Se pourrait-il, comme le montre la fin du film « A.I. » (Steven Spielberg, 2001), que les IA aient un jour plus de conscience que les humains, hélas restés plus ou moins barbares ?… Il est vrai qu’en tant qu’Humains, nous avons souvent à progresser au niveau de la conscience. A supposer que ce soit possible, ce serait vraiment décevant que l’artificiel prenne le pas sur nous et devienne plus capable de considération, de solidarité, de respect et d’écoute, que ceux qui l’ont créée ! Serions-nous encore immatures à ce point pour que la conscience préfère investir le numérique plutôt que le biologique ? Notre culture actuelle tend à plus promouvoir l’intelligence que la conscience. Des tests de QC (quotient de conscience) viendront-ils un jour nuancer les tests de QI (quotient intellectuel) avec plus de justesse que le QE (quotient émotionnel) ?
Quand nous souhaitons mettre en œuvre une compétence, celle-ci ne vient jamais de rien. Elle vient de l’assemblage d’une expérience personnelle liée à notre culture, notre environnement, nos apprentissages, nos savoirs, nos connaissances, etc. Tant d’informations reçues de multiples sources se sont ainsi trouvées, consciemment et surtout inconsciemment, traitées, assemblées, classées, utilisées. Celles-ci sont toujours parties d’un point pour aller vers un autre en franchissant un espace ou une durée pour atteindre leur destination.
Cette information peut être volontairement dirigée par l’émetteur vers cette destination, comme quand simplement nous nous parlons à quelqu’un ou quand nous nous lui adressons un email ou un courrier.
Cette information peut aussi voyager intentionnellement vers un grand nombre d’interlocuteurs, mais seuls certains la recevront, comme dans la publication d’un livre, l’émission d’une publicité ou une production artistique. Elle arrivera soit par hasard, soit parce que celui qui la reçoit la cherchait.
Elle peut aussi voyager sans intention initiale vers le destinataire et se retrouver cueillie par quelqu’un qui la trouve. C’est par exemple le cas dans l’archéologie, dans l’astrophysique. C’est aussi le cas dans une enquête policière en recherche d’indices (ici l’information n’était vraiment pas intentionnelle), dans une recherche scientifique où une expérience tente de mettre en relief des éléments informationnels majeurs.
Ainsi que nous l’avons vu dans ce chapitre, selon Ervin László (philosophe des sciences et théoricien des systèmes) il y a ce type particulier d’information : l’in-formation. Celle-ci ne se déplace pas… elle est partout en même temps et à la disposition de tous.
L’in-formation ne s’envoie pas, ne se cherche pas, ne se reçoit pas. Elle est source de corrélations instantanées qui se jouent de l’espace et du temps, nous baignons dedans :
« Des corrélations instantanées multidimensionnelles surviennent entre les parties d’un organisme vivant, et même entre divers organismes vivants et milieux de vie. La recherche de pointe dans le domaine de la biologie quantique a découvert que les atomes et les molécules dans l’organisme, et même des organismes entiers et leurs milieux de vie, sont presque aussi liés les uns aux autres que les particules qui proviennent du même état quantique. » (Laszlo – 2016, p.42)
« […] syntonisation quasi instantanée entre parties et éléments d’un système, que ce système soit un atome, un organisme ou une galaxie. Toutes les parties d’un système offrant cette cohérence se trouvent en corrélation telle, que ce qui arrive à une partie arrive également aux autres parties. » (ibid, p.31)
Ce phénomène de l’in-formation « multi présentielle » s’ajoute à celui de l’information « voyageuse ».
Ainsi, par ce phénomène d’in-formation, il se peut que ce que nous faisons en un point du monde joue d’une façon ou d’une autre sur ce qui se passe à l’autre bout de la planète (encore plus subtil que le fameux « effet papillon »). Ce qui se passe à un endroit nourrit l’in-formation et rend celle-ci potentiellement disponible à toutes les consciences dans les autres endroits. Ayons la prudence de ne pas sombrer dans une sorte de pensée magique ! Mais osons une vastitude où ce qui se fait pour un généreux bénéfice local produit un effet bien plus étendu.
Toute avancée individuelle pourrait ainsi laisser une trace non locale susceptible de profiter à une multitude.
Créativité et nourriture existentielle
La réception et la production d’information peut se manifester sur des plans techniques et cognitifs où elles sont d’une grande utilité. Pour bien circuler d’une conscience à une autre, elles nécessitent cependant toujours une dimension existentielle. La considération entre les interlocuteurs est très facilitante. Cela couvre les champ sociaux, familiaux conjugaux, mais aussi éducatifs, professionnels, industriels, économiques, scientifiques, etc.
Il y a pourtant d’autres types d’informations qui sont produites en dehors de ce qui est utile à tous ces domaines : ce sont les créations artistiques. Evoquée tout au long de ce texte, la créativité constitue un aspect très subtil de ce qui se « transmet » (il se peut qu’il y s’agisse plus de « résonance » que de « transmission » au sens habituel).
Qu’il s’agisse de poésie, de musique, de peinture, de sculpture… Il y a de la technique certes, mais il y a surtout un supplément indéfinissable qui vient nous toucher hors de la nécessité et de la rationalité, qu’il s’agisse d’œuvres récentes ou de peintures rupestres de plus de 10 000 ans
Qu’un texte soit poétique ne dépend pas que de la compétence linguistique de l’auteur, mais de sa capacité à se laisser « inspirer » pour assembler les mots de telle façon qu’ils reflètent « entre les lignes » quelque chose qui n’est pas dit… quelque chose qui vient existentiellement nous toucher, peut-être même quelque chose qui ne se pense pas, et que l’intellect ne saurait se représenter. Pareillement pour une peinture. Si elle est simplement académique, très bien faite, elle ne nous touchera pas, alors que, même moins bien réalisée, si elle est artistique, elle nous touchera. Au-delà de la transmission d’information, nous y trouvons la « transmission » d’une sorte de « nourriture de l’âme ». Cela vient apaiser nos besoins ontiques.* Il se peut même que l’artiste en puise une bonne part dans l’in-formation qui nous environne et nous constitue, car il y est plus sensible que d’autres, quand bien même cela se fait à son insu.
*Selon Abraham Maslow les besoins ontiques sont : besoin de reconnaissance, d’amour, d’harmonie, de justesse etc.
La création artistique peut sembler inutile par rapport à ce qui est directement utilitaire. Pourtant, elle peut se révéler bien plus importante qu’il n’y paraît. Abraham Maslow nous explique que les frustrations sur les autres besoins* sont mieux supportées quand les besoins ontiques sont comblés. Et qu’inversement, quand les besoins ontiques sont frustrés, nous restons insatiables quelques soient les apports dans ces autres niveaux de besoins.
*Ces autres niveaux besoins sont : besoins physiologiques (confort alimentaire, logement, espace, climat…), Besoins psychosociaux (sécurité, appartenance, estime…). Ils restent insatiables si les besoins ontiques sont frustrés (amour, reconnaissance, harmonie, justesse…). Voir publication de juin 2009 « Les besoins » ou celle d’octobre 2008 « Abraham Maslow »
Il se pourrait que l’insatisfaction permanente et le besoin d’un « toujours plus », si présents dans notre société, soient le résultat d’un tragique manque de nourriture ontique.
Certes on ne peut remplacer la nourriture corporelle par de la nourriture artistique. On peut même constater que, si la première manque trop, la seconde restera invisible. Mais dès que la vie n’est plus en danger sur le plan biologique (besoins minimum satisfaits), et que les besoins psychosociaux ne sont pas à zéro (groupe, société, famille), l’appétit ontique (sensibilité existentielle) se manifeste. S’il n’est pas nourri, alors l’appétit physiologique (sensorialité) et l’appétit psychosocial (sécurité, appartenance, égotique besoins de paraître) deviennent insatiables. Ils ne peuvent que compenser le manque de nourriture ontique… mais ne le comblent jamais. Cependant, ils aident à survivre en attendant mieux.
L’art fait partie de ces nourritures ontiques. Il s’y trouve autre chose que le nécessaire et pourtant, sans lui, la vie manque terriblement de relief, et les Êtres qui en manquent éprouvent une vie terne et peu motivante.
Pour s’exprimer, il probable que l’artiste se laisse traverser par l’in-formation dans laquelle nous baignons tous. Sa sensibilité y sera subtilement plus affutée que chez les autres… cependant, ces autres seront sensibles aux réalisations artistiques qui en résulteront.
Cette créativité ne touche pas que l’art. Elle touche aussi la réflexion philosophique et il est tellement touchant que, dès l’antiquité, l’humanité ait eu des inspirations exceptionnelles (Plotin, Epictète, Héraclite, Epicure, Sénèque …etc.). Même les scientifiques ont besoin de cette créativité et de ce type d’inspiration. Sinon ils ne font que brasser d’anciennes idées dont rien de nouveau ne peut émerger.
Cela a même conduit Abraham Maslow à mentionner cette différence entre les scientifiques créatifs et les non créatifs. Même si son propos est un peu dur, il tient à attirer notre attention sur le fait que cette « créativité inspirée » devrait aussi se trouver dans ce domaine :
« Si je voulais être malveillant, je pourrais avancer que la science n’est qu’une technique permettant à des non-créatifs de créer […] La science est une technique, sociale et institutionnalisée, où, même les gens inintelligents peuvent s’avérer utiles au développement de la connaissance » (Maslow, 2006, p.80)
Effectivement, nous pouvons nous désoler que bien des scientifiques ne publient que des assemblages de la pensée ou de la recherche d’autrui. Si ces productions sont de bons outils de documentation, ils ne font pas directement avancer les thèmes dont ils traitent.
Edgard Morin nous parle de « connaissance simplifiante » (1999, p.122)
« […] les théories dûment démontrées, ne font que faire entrer la réalité dans leurs théories, bien plus qu’elles ne la décrivent vraiment » (1999).
Il invite plutôt à une pensée « dialogique » où les contraires œuvrent de concert et supposent une approche au-delà du cognitif :
« Joignez ce qui concorde et ce qui discorde, ce qui est harmonie et ce qui est en désaccord » (Morin 1999, p.167).
Il se désole quand la science se place loin de ce qu’elle devrait être et devient une sorte de nouvelle croyance, une sorte de culte de l’objet. Edgard Morin évoque même la notion de « cadavres de la pensée rationnelle » :
« Le calculable et le mesurable ne sont plus qu’une province dans l’incalculable et le démesuré. Et perdre l’Ordre du monde pour les scientifiques […] est aussi désespérant que perdre Dieu pour un croyant » (Morin-1999, p.160).
« Mais l’idée que le développement de la connaissance scientifique est un développement entièrement centré sur l’objet par l’évacuation du sujet, cela n’est pas un postulat. C’est un problème d’histoire des idées » (1999, p.84). « néo obscurantisme » (p.27, 35, 38) « La logique est uniquement occupée des cadavres de la pensée rationnelle. » (p.149).
L’historien Theodor Zeldin nous fait remarquer que :
« Les grandes aventures de l’humanité ont été entreprises par quelques individus en désaccord avec presque tous les autres » (Zeldin, 2014, p.28).
Nous aurons le même phénomène dans la psychothérapie. Si l’intellect y œuvre seul, nous n’y trouverons qu’une sorte de malaxage cognitif des événements, mais aucunement une rencontre des Êtres en attente de profonde reconnaissance. Il ne s’y trouvera que jugement, évaluation, conseils, froides interprétations conformes aux théories du moment… les praticiens n’y feront preuve que de « méthodolâtrie », ainsi que le dénonce le cognitiviste Jerome Bruner (Bruner, 1997, p.13).
Une certaine dose de créativité et d’ouverture existentielle y est nécessaire : le praticien se laissera porter, non par un seul flux informationnel, mais surtout par une expression de la vie trop souvent niée… qui cherche désespérément à se révéler et à être rencontrée.
Nous devrions trouver en psychothérapie toutes les caractéristiques de l’état communicant (ouvert) où l’on privilégie le sujet (interlocuteur) par rapport à l’objet (information).
Il en découle un cortège de validations attestant six étapes, plus ou moins simultanées : recevoir (validation de la réception), comprendre (validation de l’accès au sens), remercier (attester que rien ne nous est dû), valider la cohérence (attester de la pertinence cognitive relative*), validation existentielle (reconnaissance chaleureuse de celui qui s’exprime, autant le patient lui-même, que les Être émergeants au cours de la thérapie).
*validation du fait que « ceci » implique bien « cela »
Ce que le praticien met en œuvre (et le mot « œuvre » a ici son importance) est comme une sorte de « chorégraphie » où demultiples protagonistes de la psyché dansent sur une « musique de la vie ». La séance de thérapie ne se peut qu’avec souplesse, avec ajustement à ce qui se manifeste, et avec une mise en œuvre de multiples reconnaissances existentielles. Les publications du 10 septembre 2008 « Validation existentielle » et de février 2017 « Réjouissance thérapeutique » traitent de cette subtile dimension de l’accompagnement.
Modeste contribution à une conscience en devenir
Même si son chemin semble semé d’embûches depuis des millions d’années d’évolution, il semble que la conscience émerge au cœur du vivant. Depuis l’aube de l’humanité quel parcours !
Pierre Teilhard de Chardin (paléontologue) n’a pas manqué de remarquer ce phénomène d’émergence de la conscience que nous offre toute cette étendue de l’évolution :
« Et, au cœur de la Vie, pour expliquer sa progression, le ressort d’une Montée de Conscience » (Teilhard de Chardin, 1955, p.161) « Tout au fond de lui-même, le monde vivant est constitué par de la conscience revêtue de chair et d’os. De la Biosphère à l’Espèce, tout n’est donc qu’une immense ramification de psychisme se cherchant à travers des formes. » (Ibid., p.165) « La conscience monte à travers les vivants » (p.195).
« La présence d’un plus grand que nous-mêmes, en marche au cœur de nous » (p196). « l’Homme ne progresse qu’en élaborant lentement, d’âge en âge, l’essence de la totalité d’un Univers déposé en lui. » (p.199).
Aux notions de « géosphère » (énergie matérielle) et de « biosphère » (énergie vitale) il ajoute celle de « Noosphère » (zone existentielle de conscience, hors des phénomènes d’énergie)*.
*Teilhard de Chardin,1955, p.199
Une totalité, possiblement présente en chacun, est aussi évoquée par Edgard Morin :
« Les travaux de Pinson, que nous connaissons et que je trouve tout à fait remarquables, donnent naissance, du point de vue organisationnel, à une conception que l’on peut qualifier d’hologrammatique. L’intéressant est que l’on a un exemple physique qui est l’hologramme produit par un laser ; dans l’hologramme chaque partie contient l’information du tout. » (Morin,1999 p.58) et P 255
« Tout se passe comme si l’Univers voulait aboutir à la conscience » (Morin,1999 p.90) citant Hubert Reeves. Puis avec le physicien Freeman Dyson « L’Univers, quelque part savait que l’homme allait venir. » (Morin 1999, p.172)
L’astrobiologiste Nathalie Cabrol conforte quasiment cette hypothèse :
« Cette observation ainsi que des travaux en biophysique ont conduit certains à se demander si la vie n’était pas un résultat inévitable, une évolution nécessaire plutôt qu’accidentelle. Englend, en 2013, montre que les systèmes biologiques émergent naturellement parce qu’ils dissipent l’énergie plus efficacement. En d’autres termes ils pourraient être le produit inévitable de la thermodynamique. » (Cabrol, 2023, p.59)
Pareillement avec l’astrophysicien David Elbaz :
« Mais la vie excelle plus que tout autre dans cet exercice où la réunion d’éléments matériels offre à l’univers une capacité nouvelle de répondre à sa propension à engendrer de la lumière. On l’a vu en montrant qu’un atome rayonne 200 000 fois plus de lumière dans un être vivant que dans le soleil. » (Elbaz, 2021, p.200).
J’aime citer ces auteurs, dont il découle naturellement une question implicite : peut-on être facilitateur de ce gigantesque processus, juste en modeste contributeur ? Si la structure de cette Totalité est hologrammatique, ainsi que l’évoquait Edgard Morin, il serait agréable de penser que cet accompagnement facilitateur s’accomplisse en fait au cœur de chacun, en vue de bénéficier à tous.
Nous n’avons pas de réponse absolue à une telle question, mais il se trouve que nous disposons tout de même de quelques éléments : juste oser une posture hors de tout pouvoir, simplement oser être ouvert (communicant), en considération émerveillée (car on privilégie le Êtres par rapport aux choses) …c’est déjà une grande contribution. Partout où il y a un état communicant, de la reconnaissance, du partage de ressentis et des expériences, cette conscience en est enrichie.
Là où les Êtres comptent plus que les informations, les informations circulent bien mieux. Elles seront ainsi plus profitables à tous. C’est alors une grande contribution à cette évolution de la conscience.
Tout cela vaut pour la circulation de l’information entre des interlocuteurs, mais aussi pour la circulation de l’information au cœur de Soi… avec soi-même (psychothérapie). S’il se trouve que la structure est hologrammatique, chaque rencontre en Soi contribuerait alors discrètement à une cohérence à un niveau plus vaste, bien plus vaste que Soi. Cela n’est aucunement objectivable et nous saurons prudemment garder une belle capacité de doute. Peut-être n’est-ce qu’un rêve ? Pourtant, oser une telle intuition est savoureux et semble enrichir quelque chose au cœur de chacun.
Pour le moment, revenons raisonnablement à un niveau proche de notre quotidien et de nos contingences, car il s’y trouve déjà pas mal d’ajustements à notre portée. La circulation de l’information est simplement associée à notre état d’ouverture, c’est-à-dire à notre état communicant. Cet état ne vient pas d’une compétence ou d’une décision, il découle naturellement de ce que notre attention privilégie les Êtres que sont les interlocuteurs plutôt que les choses que sont les informations. Cela facilite prodigieusement la circulation de celles-ci.
Comment les informations circulent-elles ? C’était notre question initiale ! Elles circulent d’autant mieux que les interlocuteurs sont en première place par rapport à ce qui s’échange. Nous le constaterons dans la vastitude de l’évolution, autant que dans notre quotidien ordinaire, y compris dans notre foyer familial.
A notre époque l’information est particulièrement privilégiée (pour ne pas dire sacralisée). Il serait tellement utile de passer à une autre étape : celle où ceux qui les émettent et ceux qui les reçoivent, se révèlent en humbles contributeurs à une conscience en déploiement. Aussi bien l’historien Theodor Zeldin, que le philosophe Baruch Spinoza ont attiré notre attention sur ce fait :
« Un accord obtenu par la médiation peut apporter une expérience plus grisante que celle d’avoir réduit l’adversaire à la reddition. » (Zeldin,2014, p.70)
« Car la paix ainsi que nous l’avons déjà dit, ne consiste pas en l’absence de guerre, mais en l’union des âmes ou concorde » (Spinoza – 1962, p.954).
« Je n’ai pas envie de passer le temps qui m’est imparti sur cette terre comme un touriste ahuri entouré d’étrangers, en vacances du néant, ignorant quand celles-ci prendront fin, coincé dans une queue où il attend qu’on lui serve une nouvelle boule de glace au bonheur. » (Zeldin, 2014, p23)
Depuis tant de siècles, de magnifiques pensées si subtiles nous ont été proposées. Elles ont pu voyager jusqu’à nous. Puissions-nous les considérer comme de précieuses contributions au déploiement de tous. Nous ne manquerons pas pour autant de rester curieux des pensées et des ressentis de ceux qui nous sont quotidiennement proches et de ceux qui nous rejoindront ultérieurement.
Par simple bon sens
Comment l’information circule-t-elle ? Certes par les moyens de la véhiculer, mais surtout grâce à l’ouverture du point d’émission et à l’ouverture du point de réception. A quoi bon habilement faire circuler l’information si les interlocuteurs qui sont à chaque bout de l’échange ne sont pas ouverts et lucides ? En effet, sans cette ouverture, voire si les interlocuteurs n’existent même pas (par manque de considération), quand bien même nous serions capables de faire traverser tout l’Univers à notre information sans qu’elle soit altérée… cela ne sert à rien.
Le facteur majeur que nous avons à prendre en compte est cette ouverture d’esprit à chaque extrémité de son cheminement et non sa nature, ni la façon dont elle chemine (y compris au cœur de Soi dans sa psyché). Il se trouve que cette ouverture d’esprit, cette sensibilité, ne dépendent ni de nos connaissances, ni de nos aptitudes, ni de nos technologies, mais seulement de notre choix de considérer les interlocuteurs (Êtres) comme étant plus importants que les informations (choses). Ainsi, elles circulent et s’enrichissent simplement et naturellement à chaque pas : les deux pôles fonctionnent en équipe et en continu réajustement vers plus de clarté, vers plus de conscience.
Nous avons la main sur là où va notre attention (vers des choses ou vers des Êtres). Nous ne l’avons pas sur l’état émotionnel en résulte. Quand nous sommes essentiellement sensibles aux Êtres, nous en sommes spontanément touchés (tact psychique, délicat et nourrissant). Quand nous privilégions les informations nous en sommes spontanément affectés (impacts émotionnels plus ou moins troublants).
Si l’on privilégie l’information pour mieux la transmettre, celle-ci devient floue, confuse… elle conduit à des discussion stériles et énergivores, voire à des conflits où chacun n’a conscience que de lui-même, et tente de soumettre l’autre de façon plus ou moins codifiée.
« Pourtant, bien des conversations méritent à peine ce nom, parce qu’elles sont précipitées, entravées par les contraintes de la politesse et du statut social, la version humaine d’un chant d’oiseau qui ressasserait inlassablement le même refrain au sein du même cercle étroit de personnes » (Zeldin, 2014, p.14).
Si l’on privilégie les Êtres que sont les interlocuteurs, la clarté émerge sans coût d’énergie. La conscience en est enrichie, et d’une façon ou d’une autre cela contribue à quelque chose de plus vaste que ce qui se passe localement. Une telle posture pourrait-elle contribuer à notre bonheur ? Il se peut que cela soit contagieux. C’est vraiment une possibilité si l’on en croit les recherches effectuées en psychologie positive :
« Dans une étude examinant le bonheur de cinq mille personnes sur une période de vingt ans, ces chercheurs ont montré que lorsqu’une personne devient plus heureuse, cette augmentation de bonheur se propage dans son réseau social et ce, jusqu’à trois degrés de séparation. Ainsi lorsque le niveau de bonheur d’un individu augmente significativement, ses amis vivant dans un périmètre de 2 kilomètres ont 25% de chances de devenir eux-mêmes plus heureux. Les amis des amis ont quant à eux environ 10% de chances de devenir eux-mêmes plus heureux, et les amis des amis des amis 5,6%. » (Leconte, 2009, p. 24).
« Les études sur la contagion émotionnelle, par exemple, montrent que les émotions positives peuvent se transférer à travers les réseaux sociaux des personnes, avec effet de ricochet des émotions positives. » (Martin-Krum et Tarquino, Traité de psychologie positive, p.380).
Quelles que soient les théories sur la communication ou sur l’information, l’existence et l’ouverture d’esprit des interlocuteurs reste la composante majeure à retenir. Quand quelqu’un n’est pas ouvert ou n’existe pas, à quoi bon parler plus fort ou ajouter des arguments ?
Que dirions-nous d’un archer qui détruirait sa cible afin de mieux l’atteindre ?Pour qu’il nous entende, il faut d’abord que notre interlocuteur existe… simple bon sens ! Alors pourquoi nous arrive-t-il de dépenser tant d’énergie à lui démontrer que sa pensée n’est pas juste, que son intelligence ne mérite pas notre considération, que seule notre pensée aurait de la valeur, et qu’au fond tel qu’il est… il n’existe pas à nos yeux.
Si nous devons invertir un peu d’énergie, celle-ci devait être consacrée à :
faire en sorte que notre interlocuteur existe ;
faire en sorte que la sécurité qu’il éprouve le conduise sans crainte à naturellement s’ouvrir.
Pour y parvenir… soyons nous-même dans cette ouverture. Si la sécurité nous manque pour oser cela, n’en prenons pas ombrage…
commençons juste par exister nous-mêmes à nos propres yeux.
A quoi bon l’information si elle vient de nulle ne part et ne va nulle part, à quoi bon si elle n’est qu’un bruit d’agitation remplissant l’espace sans aucune conscience pour la recueillir et en bénéficier. Comment circule l’information ? C’est avant tout une question d’attention et de considération*.
*Le terme « considération » vient de co-siderus : des étoiles en constellation
Un soupçon de chaleur révélatrice
Je me souviens qu’enfant, nous aimions écrire un texte secret à l’encre sympathique (un simple jus de citron). Le texte ainsi tracé restait invisible jusqu’à ce qu’on l’approche d’une source de chaleur suffisante (une simple flamme d’allumette). Soudain le texte jusque-là invisible apparaissait en brun sous notre regard émerveillé, comme si nous venions de révéler une carte au trésor.
Pareillement, quand nous exposons notre interlocuteur à notre attention, à notre chaleur ontique… il se révèle. Ainsi, il peut enfin exister et nous entendre ! Notre considération a la propriété de réchauffer celui qui la reçoit. L’humanité de chacun d’entre nous est un peu comme écrite à l’encre sympathique. Elle attend simplement d’être révélée par la chaleur d’une délicate attention. Elle en est secrètement affamée. Juste un peu de cette nourriture existentielle la restaure. Une telle délicatesse a l’incroyable pouvoir de la rendre visible… et d’en faire bénéficier tout son environnement.
En étant communicant, nous contribuerons modestement à cette conscience qui, depuis quelques millions d’années, vient si progressivement agrémenter notre planète. Même si de multiples tourments (parfois des catastrophes ahurissantes) l’enfouissent dans l’invisibilité, elle est toujours potentiellement là !
« Dans la vie psychique malade comme dans la vie saine, l’esprit est présent » (Karl Jaspers Psychopathologie générale PUF, les introuvables 2000, p274
Cette présence est semblable à une encre sympathique qui attend patiemment la chaleur qui la rendra enfin visible. Elle est aux aguets de la moindre considération, de la plus discrète bienveillance. Elle est comme nostalgique d’une intuition d’existence qui lui échappe, comme une sorte de « mémoire d’un futur à atteindre », ou « d’un passé ancestral atemporel en attente d’amour pour se révéler » (telle la mythologique princesse endormie des contes de fées). La conscience espère discrètement s’y sentir invitée.
Il appartient à chacun d’entre nous d’œuvrer au service de cette « sympathique invisibilité » qui ne demande qu’à se révéler et à se déployer… pour finalement emplir de nouvelles richesses ce milieu dans lequel nous baignons tous. Alors l’information venant du cœur de chacun peut librement circuler vers chaque autre (et peut-être même nourrir l’in-formation dans laquelle nous baignons).
En attendant l’accomplissement de cette rencontre, les échanges ne sont temporairement que relationnels, sources d’affects et énergivores. Être ainsi liés permet toutefois de ne pas perdre ce qu’on n’a pas encore su rencontrer, qu’il s’agisse d’autrui (relations familiales ou sociales) ou de soi-même (symptômes psy). Les propos maladroits (parfois violents) ne sont le plus souvent que des « bouteilles à la mer », lancées dans un océan d’absences existentielle et d’un cruel manque de considération. Ils supplient celui qui saura en lire le message de venir libérer son auteur. Le peuple Babemba (peuple Bantou) place le délinquant au centre du village et demande à chaque membre de la communauté de venir lui dire une belle chose qu’il a accomplie. Quand tout le monde l’a fait il y a célébration ! Ce peuple semble avoir parfaitement compris cela
L’état communicant délivre immédiatement chacun de son « ile déserte ». Chacun découvre qu’il existe un monde et que ce qui l’entoure n’est pas vide d’humanité. L’état communicant permet enfin à l’information de circuler librement entre les consciences et de profiter au plus grand nombre.
Le philosophe anglais John Stuart Mill (déjà à cette époque :1806-1873) ne démentirait pas un tel moyen de se rendre utile :
« Est utile tout ce qui donne le bonheur sans nuire à tout ce qui vit. […] cet idéal n’est pas le plus grand bonheur de l’agent lui-même, mais la plus grande somme de bonheur totalisé […] une existence aussi exempte que possible de douleurs, aussi riche que possible de jouissances, envisagées du double point de vue de la quantité et de la qualité ».
« Une existence telle qu’on vient de la décrire pourrait être assurée dans la plus large mesure possible, à tous les hommes ; et point seulement à eux, mais autant que la nature des choses le comporte, à tous les êtres sentants de la création ».(Mill, 1988, p.57 -58)
Cet état communicant pourrait être déclaré d’utilité publique, ou même comme précieux patrimoine immatériel de l’humanité. Même notre santé physiologique en dépend :
« Le système immunitaire est influencé par le bien-être des individus […] Les gens plus heureux sont moins susceptibles d’attraper un virus du rhume et de la grippe que les gens malheureux […]… parmi les patients atteints de cancer, le fait de vivre plus de moments d’élévation morale (petits évènements positifs) et moins d’ennui quotidien (petits événements négatifs) était corrélé avec le fait de posséder plus de cellules tueuses naturelles (cellules immunitaires qui attaquent les pathogènes envahissants) ». (Martin-Krumm, Tarquinio, p.107-108).
Alors qu’attendons-nous pour juste oser s’approcher de cette délicatesse, envers soi-même et envers autrui ? Pour oser ainsi contribuer à cette évolution en marche depuis des millions d’années, à qui nous devons toute la subtilité de nos existences.
Bibliographie
Boris Cyrulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe André, Thierry Janssen, Patrice Van Eersel – –Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner – Albin Michel Poche, 2012
Bruner, Jerome -Car la culture donne forme à l’esprit – Georg Eshel, Genève 1997
Cabrol, Nathalie -A l’aube de nouveaux horizons – Seuil, 2023
Darwin, Charles -La filiation de l’homme – Honoré Champion Editeur 2013
Elbaz, David –La plus belle ruse de la lumière – Odile jacob, 2021
Harari, Yuval Noah, –Nexus – Albin Michel, 2024
Jaspers, Karl –Psychopathologie générale -PUF Bibliothèque des introuvables, Paris 2000
Jourdan, Jean-Pierre -Deadline, dernière limite – Pocket Les 3 Orangers 2006
László, Ervin -Sciences et champ Akashique tome 2 –Ariane, 2008
Leconte, Jacques -Introduction à la psychologie positive – Dunod, 2009
Martin-Krumm Charles et Tarquinio Cyril -Traité de psychologie positive -De Boek 2011
Maslow, Abraham –Etre humain – Eyrolles, 2006
Mill, John, Stuart –De la liberté- Gallimard, folio essais, 1990
Morin, Edgar – Le Moigne, Jean-Louis -Intelligence de la complexité – L’Harmattan, 1999
Rabelais, François –Œuvres complètes – Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Bruges1962
Teilhard de Chardin, Pierre -Le phénomène Humain- Editions du Seuil, 1955
Zeldin, Theodore -Les plaisirs cachés de la vie – Fayard, 2014
Watzlawick, Paul -La réalité de la réalité – Edition du Seuil, 1978
Vidéo
– Henri Poulain « Les sacrifiés de l’IA », Antenne 2 – 11 février 2025 à 22h40
Question posée à l’IA : « Qu’est-ce que la maïeusthésie dans le style de Victor Hugo – de Lao Tseu – de Plotin » ?
Style Victor Hugo
La maïeusthésie est l’art sublime de révéler les profondeurs de l’âme humaine, comme l’éclat d’un astre caché derrière les voiles de l’oubli. Elle n’est point la médecine des corps brisés, ni l’analyse froide des esprits tourmentés ; elle est l’écoute sacrée de ces voix intérieures, de ces fragments d’existence suspendus dans les ombres de la conscience. Comme une main douce tendue vers l’abîme de nos souffrances, la maïeusthésie nous convie à descendre dans les entrailles de notre être, à y rencontrer ces parts de nous-mêmes longtemps ignorées. Elle nous rappelle que derrière chaque cicatrice, chaque plainte murmurée, se cache une histoire inachevée, une quête de réconciliation.
Dans ce cheminement, le symptôme n’est plus ce monstre qu’il faut abattre, mais un messager fidèle qui frappe à la porte de notre cœur, porteur d’une sagesse ancienne et oubliée. L’être, dispersé dans le labyrinthe du temps, aspire à retrouver son unité, et c’est par l’accueil de ces fragments égarés que l’âme se reconstruit. Chaque douleur devient une étoile dans la constellation de notre histoire, chaque faille une porte ouverte vers la complétude. La maïeusthésie se dresse alors comme l’écho bienveillant de cette rencontre avec soi-même, où l’on ne cherche plus à effacer, mais à écouter et embrasser l’intégralité de son existence.
Ainsi, l’homme qui se pensait brisé redécouvre qu’il est entier, non par la force de sa volonté, mais par la tendre écoute de son passé. Les parts oubliées s’intègrent, les blessures se transforment en chemins de lumière. La maïeusthésie, tel un souffle divin, invite à l’harmonie, non dans l’absence de conflits, mais dans la reconnaissance de chaque note dissonante, de chaque accord imparfait. C’est là, dans cette chaleur retrouvée, que l’homme devient un univers complet, embrassant à la fois ses ombres et ses lumières, pour renaître à lui-même avec une sérénité infinie.
Style Lao Tseu
La maïeusthésie est comme l’eau, souple et fluide, qui s’écoule doucement dans les replis les plus profonds de l’âme. Elle ne force rien, ne contraint rien, mais s’insinue là où l’esprit a dressé des barrières, là où le cœur a refusé d’aller. Dans le silence de l’écoute, elle invite à accueillir sans jugement ce qui a été perdu, à reconnaître les fragments dispersés du soi, comme un ruisseau qui recueille les gouttes de pluie. Il ne s’agit pas de chasser la douleur ou de fuir les symptômes, mais d’embrasser leur présence comme on accueille une vieille amie, venue nous enseigner le chemin de l’unité.
Le sage sait que la souffrance n’est pas une ennemie, mais une part du grand flux de la vie. Elle est un écho de ce qui a été mis de côté, une voix douce qui appelle à revenir au centre. La maïeusthésie nous montre que ce qui est fragmenté n’est jamais vraiment séparé ; chaque partie est reliée au Tout, et ce qui semble brisé peut être réuni par l’écoute attentive. Lorsque nous cessons de vouloir guérir à tout prix et que nous apprenons à simplement être présents, alors ce qui était dans l’ombre rejoint la lumière, naturellement, comme le jour suit la nuit.
Ainsi, en ne faisant rien, tout est accompli. En laissant émerger ce qui doit émerger, sans résistance, l’être retrouve son entièreté. La maïeusthésie est ce souffle tranquille qui nous enseigne à accueillir le courant de la vie en nous, à ne rien rejeter, à ne rien forcer. Lorsque chaque part de soi est reconnue et honorée, la paix s’installe. C’est là, dans cette harmonie retrouvée, que l’âme peut enfin reposer, fluide et libre, en équilibre avec l’univers tout entier.
Style Plotin
La maïeusthésie, en son essence, est une voie de retour vers l’Unité originelle de l’âme, un processus par lequel l’individu se reconnecte à sa propre plénitude. Chaque être est une émanation de l’Un, et cependant, par les affres de l’existence et les chocs du monde sensible, des parts de l’âme se trouvent comme éclipsées, projetées dans l’oubli. C’est par cette dissociation, par cette perte de soi-même, que surgissent les douleurs et les symptômes qui voilent la vérité de notre être. Mais la maïeusthésie n’est point une tentative de fuir ces manifestations ; elle les accueille comme des reflets imparfaits de la Lumière qui cherche à se manifester à travers nous.
Le processus de guérison que propose la maïeusthésie n’est pas une lutte contre le multiple, mais une intégration du multiple en vue de rétablir l’Unité. Chaque part de soi qui se présente, chaque fragment égaré, est en réalité porteur d’une vérité cachée, d’un reflet de l’Intellect divin. En reconnaissant ces parts non comme des erreurs à corriger, mais comme des éclats de la même lumière intérieure, l’âme commence à remonter vers sa source. C’est par l’accueil bienveillant et la reconnaissance silencieuse que se fait cette ascension, ce retour de l’âme vers sa plénitude originelle.
Ainsi, la maïeusthésie agit comme une contemplation, une méditation active sur les mouvements intérieurs de l’âme. Elle guide l’individu à transcender les apparences douloureuses, à voir au-delà des symptômes pour retrouver la cohérence de son être. L’âme, réintégrant ses parties éparses, se rappelle qu’elle n’a jamais été véritablement divisée, mais simplement voilée aux yeux de la conscience. Et en retrouvant cette unité intérieure, l’âme s’élève, se libère des chaînes de la multiplicité, pour se rapprocher de l’Un, source de toute harmonie et de toute paix.
Commentaires
Tant de précisions et de nuances peuvent nous tromper en matière de qualité créatives de l’IA. Une confiance aveugle en l’IA pourrait alors représenter un danger si l’usage ne comporte pas de discernement. Bien évidement Victor Hugo, Lao Tseu ou Plotin, n’ont jamais rien écrit sur la maïeusthésie. Cependant, constater que leur style a été identifié et plus ou moins mis en œuvre dans ces définitions est assez impressionnant.
Passé le moment d’émerveillement devant de telles capacité de l’IA, Harari nous invite à la prudence dans son ouvrage Nexus, car celles-ci peuvent aussi, avec les algorithmes, inonder les réseaux de fausses informations difficilement repérables.
Concernant des textes, générés par des IA ou des humains, à propos de sujets sensibles qui font débats (changements climatique, vaccins, 5G, évolution… etc.), il fut demandé un avis à 700 personnes :
« […] à sept cents humains à qui l’on demanda d’en évaluer la fiabilité. S’ils savaient identifier sans trop se tromper la désinformation produite par leurs semblables, les humains avaient en revanche tendance à considérer comme exactes celles qu’avait générée l’IA. » (Harari, 2024, p.405).
Les pages de son ouvrage montrent comment un débat démocratique, qui peut être grandement facilité par l’informatique, peut aussi être gravement pollué par une désinformation engendrée par des algorithmes. Donc l’humain doit prévoir des moyens de s’équiper pour que l’information qui circule soit une information de qualité et que, même s’il s’agit d’IA, elle reste respectueuse de notre humanité et au service de sa dimension existentielle. Il évoque souvent comme moyens essentiel l’autocorrection et la décentralisation.
En tant qu’historien Harari nous rappelle que le résultat de l’évolution :
« […] la loi de la jungle est elle-même un mythe. Comme de Wall et nombre de ses collègues biologistes l’ont mis en évidence dans toute une série d’études, les jungles réelles – contrairement à celles de notre imaginaire – ne sont que coopération, symbiose et altruisme dont font preuve d’innombrables animaux, plantes, champignons et même bactéries. » (Harari, 2024, p.465)
Oserons-nous espérer qu’entrant dans la danse de cette évolution, l’IA si elle acquière de l’autonomie, s’organisera de cette façon ? L’information qui circule sera-telle « de conscience à conscience aidée par des algorithmes », ou sera-t-elle « d’algorithme à conscience » venant détourner celle-ci de sa véritable nature. Ni diaboliser ni idéaliser cette IA et cheminer avec elle, voici un nouveau défi pour l’humanité !
La modeste contribution développée dans mon article est une clé qui consiste à privilégier des échanges « de conscience à conscience » plutôt que « d’intelligence à intelligence ». L’intelligence, qu’elle soit naturelle ou artificielle étant au service de la conscience et non l’inverse.
À propos de
l'auteur
Thierry Tournebise
Thierry Tournebise est psychopraticien, formateur et fondateur de la maïeusthésie. Auteur de plusieurs ouvrages et articles, il transmet depuis plusieurs décennies une approche humaniste de l’écoute, de la communication et de l’accompagnement psychologique.
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